Snobisme 3.0

L’OUVERTURE D’ESPRIT, CE NOUVEAU SNOBISME

       L’avez-vous remarqué ? L’on ne peut plus passer devant une maison de la presse, sans que notre œil soit attiré par des couvertures scandant la défense des droits des minorités, relatant joyeusement la dernière gay pride ou promettant émancipation, altruisme et autres « revanches des rondes ».

A la bonne heure ! Conservatisme et rejet sont balayés par cette incroyable solidarité née de la crise, qui nous rend enfin, tous égaux aux yeux des autres !… Si seulement… si seulement les médias prenaient réellement le pouls de la société et relataient ses changements avec exactitude, sans s’adapter à ce qui semble être le nouveau snobisme des temps modernes : une pseudo-ouverture d’esprit.

Bien sur, les mentalités changent et l’on ne peut voir le diable au coin de chaque rue, mais les années 2000 sont elles vraiment celles du changement, ou ne porte-t-on pas de plus en plus la tolérance comme le nouveau it-bag ?  …

Dernièrement, feuilletant les pages d’un magazine hautement intellectuel -du genre de ceux qui évoquent le « make-up à adopter d’urgence », entre deux interviews pour connaître la routine beauté des stars- j’ai ri jaune en tombant sur un article qui nous apprenait que les mannequins d’aujourd’hui, et donc de demain, ont les dents du bonheur, le nez en trompette, ou encore un œil parti cueillir les fraises pendant que l’autre tient le panier ; bref, seraient tout, sauf taillés sur le modèle de Barbie et Ken (et oui, la perfection c’est so 2013 !). Mais quand on est haute comme 5 Vogue bien tassés, on ne nous la fait pas : acceptons la différence, oui, mais à condition de faire entre 1.70 et 1.80m et de pouvoir se peser sur une balance de cuisine ! Ce serait la meilleure que les vêtements dessinés par la crème des créateurs puissent être portés par un individu lambda ! Un autre magazine consacrait même un long article sur son website, au triomphe des rondes, alors que, quelques rubriques plus loin, s’enchaînaient des articles sur les plus belles jambes des lianes d’Hollywood et les astuces pour rester mince. 

Réjouissons-nous donc que rondes et imparfaites prennent soi-disant leur revanche, pour coller à l’idée que l’on veut se faire d’une révolution en marche, où l’on nous accepterait tels que nous sommes, où « le style n’est pas une taille mais une attitude » , à condition bien sur que ces phénomènes restent marginaux, n’empiétant pas sur les bons vieux diktats de ce monde parallèle, et que les mannequins de référence restent grandes, minces, ou pour la faire courte, restent présentables.

Mais cette permanente duplicité, qui fait croire à la tolérance de la diversité dans un monde d’exigences, entraîne des scandales tel que l’incessante augmentation des taux d’anorexie, touchant un public de plus en plus jeune, preuve que notre société est encore loin d’accepter imperfections et complexes, s’ancrant sur des représentations sociales et le regard parfois dévastateur de ceux qui nous entourent.

Ainsi, quand Karl Lagerfeld affirme au magazine Focus que « personne ne veut voir des femmes rondes » car la mode doit être « rêve et illusion, et que ce sont des « grosses assises sur leur canapé et devant la télévision qui trouvent les mannequins minces laids », dit-il tout haut ce qu’au fond la majorité de la société pense tout bas, ou devrait-il vite aller se cacher sous une veste en tweed taille XL (oups ! quel lapsus !) ?

      La question resterait peut-être marginale, si elle ne s’infiltrait pas jusque dans les sphères politiques. Depuis quand n’a pas-t-on pu assister en France à de réels débats sur des sujets de société, tels que l’acceptation des homosexuels, la tolérance envers les minorités raciales, ou le contenu des manuels scolaires de ceux qui seront les têtes pensantes de demain, sans que, la plupart du temps, avant même le début de la discussion, les protagonistes paraissant quelque peu conservateurs ne soit considérés comme venant d’un autre temps, et servent de simple anti-thèse pour donner son nom au débat ?

Peu importe notre position sur ces sujets, ce coup de gueule porte sur l’hypocrisie qui se cache derrière les débats.

S’efforcer, dans quelque média que ce soit, d’annoncer le temps venu du respect pour les minorités, tout en énumérant, dans les pages faits divers, les agressions dont sont quotidiennement victimes les noirs, les homosexuels ou les juifs ; vanter les mérites d’un directeur artistique qui a, par conviction ou calcul commercial, fait défiler des mannequins rondes ou noires, et prouver par ses choix éditoriaux, que tout cela ne reste qu’exception ; interviewer telle ou telle femme à la tête d’une grande entreprise pour prouver que la bataille pour l’égalité hommes-femmes porte ses fruits, et vanter quelques pages plus loin ustensiles de cuisine et fer à repasser nouvelle génération pour ses dames…

      « Malgré tous les discours égalitaires, on cantonne toujours les fillettes à la maison et au maquillage » selon la sociologue Catherine Monnot. Le 13 Mars 2009, le magazine ELLE lui consacrait un article très intéressant, à la suite de la sortie de son ouvrage sous forme d’enquête Petites filles d’aujourd’hui, l’apprentissage de la féminité. Analysant les goûts, activités, habitudes culturelles et environnement de petites filles de 9 à 11ans, il en ressort nombre de paradoxes qui n’encouragent que la perte de repères : « d’un côté, la société parle aux filles d’égalité, de démocratie, de liberté de se réaliser, d’indépendance, mais, de l’autre côté, tout leur environnement culturel leur communique un message contraire : «Soyez jolies et tout se passera bien ! ». Des textes (d’émancipation féminine), sont chantés par des filles qui disent vouloir aller au-delà des stéréotypes, mais ont malgré tout une apparence extrêmement fidèle à la norme, mince et sexy. Mais si on entre dans cette norme, alors on peut se permettre de casser les codes traditionnels ! ».  

Défendre une cause a-t-elle ainsi, pour certains, l’unique but de conserver son statut ou de ne pas ternir son image, dans un monde avide de buzz et de scandales ? Quand l’on nous dépeint des patrons de la Silicon Valley qui défilent lors de la Gay Pride, le font-ils pour augmenter leur popularité et ne pas connaître le même sort que Brendan Eich, obligé d’abandonner son poste de directeur général de Mozilla après avoir révélé son opposition au mariage homosexuel ? (Le Monde, article du 4 Avril 2014).

Et quant on est têtue, l’on peut pousser la méfiance très loin : la série Girls de Lena Dunham est-elle encensée par les médias car le temps de l’imperfection, de l’acceptation de soi, et de ses complexes est arrivé, ou pour coller faussement à ce que le public espère au fond de lui depuis si longtemps ? Tout journaliste doit-il défendre le Mariage pour tous pour éviter que le média ne soit qualifié de réfractaire homophobe dans une société tellement ouverte à l’autre ? Se positionner d’office pour la « tolérance », sans réel débat possible et en nous faisant miroiter une révolution universelle de la pensée n’évite-t-il pas simplement de poser les vraies questions qui feraient réellement avancer la société ?

     Bien sur, ces combats ne datent pas d’hier, et ce n’est pas une boule de nerfs en pelote, qui va venir nous révéler, qu’en fin de compte, tout cela n’était que fausseté et hypocrisie, mais l’impression qui se dégage lorsque l’on aborde ces questions de société est qu’aujourd’hui, se mélangent ceux qui combattent depuis le début pour les défendre, et ceux qui surfent sur la tendance…

Ces mouvements ont peut-être tout simplement connu des tournants trop récents, et médias et politiques ne savent pas où s’y positionner : l’homosexualité n’est plus considérée par l’OMS comme une maladie mentale que depuis le 17 mai 1990, huit ans après avoir été dépénalisée par Mitterrand et son ministre de la justice, Badinter (je vous invite à ce sujet à lire l’article de RFI sur l’évolution des droits des homosexuels) ; le mouvement des droits civiques aux USA a 65 ans à peine, et selon une enquête pour le webzine terrafemina,  la question des noirs en France est taboue pour 51% des sondés ; de même, le mouvement féministe, ainsi que le MLF ne datent que de 1968, nés dans l’euphorie de Mai, qui s’est depuis éffacée, cependant l’on ne peut revenir en arrière, sous prétexte de morosité et de poussée du conservatisme, preuve en est l’effarement provoqué par la loi sur l’IVG en Espagne.

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Bien qu’à titre personnel, je penche en faveur de ces combats (même pas drôle, j’me permets de m’énerver alors qu’en fait je semble « rentrer bien sagement dans le rang »), je me permets tout de même de rappeler que la définition de tolérance est « attitude de quelqu’un qui admet des visions et manières de penser différentes des siennes », et qu’une « manière passagère de se conduire, de penser, considérée comme de bon ton à un moment donné » est celle la définition d’une mode.

Bon d’accord je me calme…mais qu’en pensez-vous?….

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