le « slow » peut-il être une tendance de fond?

« Je me suis empressée d’acheter le dernier Flow, dès qu’il est sorti ! », « aussitôt Simple Things paru, aussitôt acheté!! », peut-on lire ça et là sur les réseaux sociaux…
Loin de moi l’idée de porter un quelconque jugement sur cette empressement -que j’espère justifié par le contenu du magazine, et non par le simple fait qu’il « faut l’avoir »- mais ce paradoxe s’impose alors que se répand la tendance du « slow » life ; à savoir : prendre le temps, se contenter de peu, de pratiques durables, raisonnées et non compulsives, d’apprécier les choses simples…

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N’est-ce pas dénaturer un mouvement que l’on prétend honorer et respecter, que de vouloir être le dernier acquéreur de tel ou tel symbole de la tendance « slow »; d’être à l’affût des dernières sorties, plus par envie d’être à la pointe,que pour apprécier l’objet en soi?
S’empresser de posséder le dernier ouvrage, adopter la dernière tendance alimentaire, ou suivre frénétiquement « LE » compte instagram ; plus « pour le faire », que parce-qu’après une mure réflexion, il s’est avéré que ce qu’ils proposaient nous correspondait ; n’est-ce pas risquer de prouver que le phénomène « slow » n’est après tout qu’une tendance comme une autre ; n’est pas plus raisonné, soutenable et valorisant, que les modes frénétiques dont il veut prendre le contrepied?

Je pense que cet engouement, transformé en hâte sans réflexion préalable sur l’adéquation entre le contenu de ce qu’on s’apprête à adopter et nos besoins/convictions, partait d’une intention sincère de changer notre mode de consommation, de réfléchir sur notre mode de vie.
Mais comme être une blogueuse attractive signifie aussi être à la pointe de ce qui vient de sortir, cette volonté de promouvoir un rythme ralenti, fait de simplicité et de tempérance ; semble peu à peu s’altérer, d’un style de vie originel, à un simple « style« , une mode, qui nécessite empressement, vigilance,  déconnexion entre besoins, envie et consommation, promotion de sa personne, etc

Encore une fois, je ne m’interroge pas ici pour dénigrer ; toutefois je m’interroge sur la durabilité et la possibilité d’existence d’un mouvement de fond prônant le « slow life »
Peut-être est-ce les premiers émois des débuts ; l’engouement des premiers magazines et parutions consacrés au sujet ; l’apparition de sites dédiés ; le partage vivace de conseils ; qui, à terme, se banaliseront, pour que ce mouvement adopte son « rythme de croisière », où chacun-e- aura fini par déterminer quels produits, magazines et aliments lui sont nécessaires au-delà du phénomène de mode

Peut-être est-ce donc dû à une nécessaire adaptation
Mais peut-être cet empressement et cette déviation en une « tendance » exaltée du « première servie, première suivie », sont-ils le signe d’une dénaturation , qui fausse dès le départ le projet de société de ce mouvement…

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Mais peut-être engouement, empressement, et transformation du « slow » en tendance, ne sont-ils pas du tout incompatibles, et permettraient au contraire sa durabilité par la large diffusion que seule une mode permet d’atteindre?
Après tout, en quoi les conseils de recyclage, de DIY, de découverte, de petits bonheurs quotidiens prônés par ces magazines, sont-ils discordants avec l’enthousiasme, la vigilance, l’impatience frénétique, et le partage instantané?

Il apparait juste au premier abord que ce besoin de posséder, adopter, suivre, le plus tôt et le plus amplement possible, propre à toute tendance, et à toute nécessité de rester une blogueuse attractive, et  » dans le coup »  ; semble heurter le projet du « slow » life de prendre à rebours cette déconnexion entre besoins et envies compulsives, consommation, instantanéité ; qui caractérisent notre société et ne mènent qu’à la frustration, au vide existentiel, au déboussolement, à la perte de repères…

Evidemment, je ne parle pas d’adopter un mode de vie ascétique, privé de tout plaisir de s’offrir un magazine, un livre, ou un produit ; je pense simplement que pour faire honneur au projet sociétal de ce mouvement, il faut que cet acte résulte avant tout d’une envie propre de se faire plaisir, une curiosité sincère de découvrir astuces & adresses, d’en savoir plus sur telle ou telle expérience, d’admirer pour soi les belles images ; et non simplement en vue du prochain hauling que l’on va faire, ou de la photo instagram que l’on va poster à peine sortie du magazine

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Nos esprits ont besoin de ce que prône ce mouvement : ralentir ; apprécier la simplicité dans la sincérité et l’authenticité;  reconnecter besoins, envies sincères & actes de consommation ; relier enfin épanouissement personnel et durabilité environnementale&éthique ; partager des astuces saines ; s’émerveiller des trésors du quotidien…
Alors ne le dénaturons pas en le promouvant à coups d’artifices, de frénésie d’instantanéité, de fausseté
Rendons lui honneur en l’appréciant, et non en le brandissant comme énième étendard de popularité et de style

N’oublions pas le mot d’ordre de Flow : esprit LIBRE ; et celui de Simple Things : être bien
Soyons sincères avec nous-mêmes et entre nous, donc

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