Une orthodoxie désemparante ; réussir à se retrouver avec soi

Aaah les tendances, leur flot de conseils bienveillants et de recommandations pour un art de vivre plus healthy, minimaliste, éthique ; bref, plus sain et cohérent

Je dis bienveillants sans ironie aucune, et je rajouterai même précieux, pour des âmes errantes comme moi en quête d’un mode de vie plus raisonné, en accord avec ses convictions ; mais sans aucune base pratique ni théorique

Cependant, cet engouement peut être destructeur pour certaines personnes qui reçoivent les préconisations ; cercle vicieux d’autant plus puissant si elles sont fragiles, perfectionnistes, et en tel manque d’informations pour se déployer à leur aise dans tel ou tel choix de vie, qu’elles recherchent et absorbent constamment des tonnes de conseils et indications, piochés dans diverses sources -blogs, livres, reportages, etc.

Vous l’aurez compris, j’ai choisi de parler de moi à la troisième personne du pluriel, non pas parce-que j’ai encore sniffé trop de feuilles de thé, mais parce-que je pense ne pas être la seule concernée

Voulant concrétiser mon choix de ne plus consommer de produits animaux, tant pour des raisons de santé, que d’éthique ou d’écologie ; je me suis d’emblée sentie vulnérable parce-que dès que l’on opte pour un régime alimentaire, on est en position de devoir constamment se justifier sur ses choix ; et parce-que je manquais d’infos pratiques pour atteindre un certain équilibre alimentaire et nutritionnel
Sauf que dès que je commence à me pencher sur quelque chose, j’y vais immanquablement à fond, ne connaissant pas de mesure

Mandalas bien-être Accords toltèques
Mandalas bien-être Accords toltèques

De surcroit, sur ce terreau perfectionniste et excessif, se superpose l’évidente réalité, et la brutalité que peut engendrer notre mode de vie si dénué de réflexion préalable : si le choix de ne plus consommer de chair animale se base sur le respect des animaux, et le refus de l’exploitation barbare de ces êtres sensibles, alors où est la logique à continuer de consommer du lait, porter du cuir, etc..?

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Certes la base psychologique était déja fragile et potentiellement excessive, mais quand on y réfléchit, la continuité logique et cohérente de ces choix éthiques, ne peut être semble-t-il, que d’approfondir, de faire le tri dans ses habitudes, pour y mettre plus de respect de soi et de la biodiversité

Mais si la nature humaine n’était pas elle-même dénuée de mesure et d’empathie, on aurait peut-être pu continuer à consommer de la viande et du poisson de temps en temps , car cela n’aurait pas rimé avec sacrifices de masse et exploitation barbares

Toujours est-il que si côtoyer intensivement divers blogs et livres sur le sujet du véganisme, aide beaucoup pour en savoir d’avantage sur l’équilibre alimentaire et les choix éthiques, le tout conseillé par une communauté de gens bienveillants ; renforce également la fragilité intrinsèque des personnes concernées, car au fond, en absorbant ces infos, on se calque sur les choix et raisonnements d’autres personnes, qui elles ont procédé à un raisonnement sur leurs convictions et aspirations

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L’on se sent si vide de base argumentative, et en équilibre précaire sur nos choix, que l’on en vient à se baser sur les préconisations d’esprits tiers ; auprès desquels on se sent également en nécessité de se justifier mentalement (« han mais je suis les conseils vegan de xxx, que va-t-il/elle penser si il/elle me voit porter du cuir ou manger du miel? » < sachant que ladite personne ne nous croisera jamais ^^)

Ce qui fait que l’on finit par ne plus faire ce choix éthique pour le faire coïncider avec nos convictions singulières, comme voulu au départ ; mais par se calquer sur les raisonnements de sources spécialisées, certainement plus fiables puisqu’elles ont fait la démarche de s’interroger et de se documenter précisément sur le sujet
Un choix pour et par les autres

Bien sur, lesdites sources ne sont pour la plupart pas responsables de cette dérive d’esprits fragiles et excessifs, vers un mode de vie incohérent et précaire ; mais l’on finit vite par se créer une bulle, une communauté @, avec Fb, instagram, les précieux blogs, les filles qu’on admire, etc
L’on s’y enferme soi-même et on participe à la création de son propre endoctrinement malsain et contre-productif pour la cause que l’on voulait servir
En effet, en quoi cela fait-il avancer la protection animale ou écologique, de suivre passivement des choix, de fait désincarnés  puisque désemparés et calqués sur ceux d’autres?

Honnêtement, cela m’est trèèès vite monté à la tête, et en est arrivé à me créer des insomnies : « que dois-je faire? » ; « que vont -ils penser ? (la communauté qui incarne la cause que je veux servir) ; « est-ce mal? » ; « comment vivre plus éthique, minimaliste, et manger plus sain? »

C’est en effet ce besoin d’aller toujours plus loin, avant même d’avoir solidifié les choix précédents, qui est destructeur
Mais également ce règne du healthy

L’on a vu émerger sur @, tant des articles défendant ce mode de vie, que des prises de position pour s’en affranchir, au nom d’une liberté de vie

Je comprends les deux positionnements ; en effet, cela fait plusieurs années maintenant que je m’intéresse à la nutrition, à la santé, à un mode de vie plus sain, équilibré, et riche en bonnes choses ; mais cet intérêt à a également su être destructeur, et l’emprise des préconisations, photos, conseils, régimes, blogs, …consacrés,  est devenue malsaine tant elle est omniprésente ; et l’on ne peut décemment plus répondre « mais personne ne t’oblige à t’y intéresser/soumettre! », parce-que, d’une, ces recommandations tantôt bienveillantes, tantôt normatives, sont partout , et que de deux, on culpabilise les personnes qui tentent de maintenir une certaine liberté alimentaire, pour qu’au moins les normes sociétales ne s’insinuent pas aussi dans leurs assiettes, et ne dénaturent pas la préciosité des repas

Ladurée
Ladurée

Je porte sans doute un regard très acerbe sur cette vague, parce-qu’additionnée à ma tendance excessive, elle a été destructrice, et a balayé toute notion de plaisir et d’insouciance alimentaires ; mais même en y portant un regard objectif, cela a pris une ampleur trop insidieuse et malsaine pour être supportable pour toute personne insuffisamment solide

Il est évidemment important de sensibiliser le plus possible à la nécessité de respecter son corps, via l’équilibre alimentaire ; mais à présent, entendre ce terme healthy, me traumatise autant qu’il attise immanquablement ma curiosité ; et toute sensation de rejet ou de malaise est contre-productive, et ne finit que par piétiner le plaisir d’être soi, exprimé jusque là de façon insouciante dans son assiette

Mais vous l’aurez compris, je fustige tout autant cette normativité déstabilisatrice ; que ma faiblesse d’esprit participant tout autant à ce mal-être alimentaire

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Je regrette un peu d’employer le terme de tendances pour en parler, je ne le trouve pas approprié ; mais toujours est-il que ces vagues ont pourtant pour but initial un mieux être global et généralisé, diffusé plus amplement par le biais de conseils accessibles à nous tous, de discussions, de partages, de préconisations de base…
Et encore une fois, c’est l’excès qui dénaturent leur louable objectif : l’excès d’injonction des auteurs , tout comme notre excès dans la traduction et l’interprétation que nous en faisons ; par manque d’outils théoriques, ou par volonté de mieux faire
Mais on le sait, le mieux est l’ennemi du bien …

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Ce qui est regrettable, c’est la nature englobante que doit emprunter tel ou tel style de vie, laissant trop peu de place à la mesure et à la liberté de choix ou de réflexion
Sont-ils invisibles à mon regard excessif ou sont-ils réellement inexistants les conseils qui valorisent aussi les petits gestes précieux non par leur ampleur, mais par la volonté qui les porte? Certes on ne bannit pas le cuir de son dressing (en quoi jeter les rares pièces que l’on a fera avancer la cause animale..?), mais on réduit sa consommation de viande, pour la supprimer, ou la faire rimer avec rareté & qualité. D’accord, on ne parvient pas à ne consommer que du local, mais on y prête tout de même attention, et on limite sa consommation de vêtements standards low cost tant dans leur prix que dans le respect qu’ils portent aux travailleurs et à la planète. Non, on n’a pas choisi de passer au coton lavable, mais on refuse les emballages et plastiques dès que possible

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Avancées et progrès dans la cause que l’on veut porter, ne peuvent rimer avec dogmatisme ou radicalité
Ne pas valoriser ces petites victoires du quotidien sous prétexte qu’elles ne produisent pas une action 100% cohérente;  est déplorable, parce-que culpabilisante et manquant d’ouverture d’esprit
Bien sur l’on peut se passer de consommer de la viande ; mais dire aux gens « vous pouvez y aller par étapes, en restreignant petit à petit votre consommation », en leur faisant comprendre que cette limitation n’est pas une fin en soi, mais seulement une voie pour atteindre le but ultime de bannir ceci ou cela de sa consommation ; renferment les concernés sur eux-mêmes, alors qu’ils avaient justement l’envie d’agir pour un mieux ; en leur faisant comprendre que ce n’est toujours pas suffisant, et que leur mode de vie, par manque de cohérence, est regrettable

Je suis surement mal placée pour parler mesure et petit pas, étant donné que je suis excessive, et que concrètement je ne consomme plus de viande, de poisson, ou de produits laitiers
Mais je veux simplement faire comprendre par ce billet d’humeur, que d’une, les personnes fragiles déstabilisées par des recommandations parfois déstabilisantes, ne sont pas seules ; et de deux, certes, on peut toujours faire mieux, mais la cohérence ne repose pas toujours là où on le croit : elle n’est pas forcément dans l’aboutissement suprême d’une démarche (bannir tel produit, agir de telle ou telle façon) , mais dans les petits gestes quotidiens, que l’on fait en résonance avec ses convictions, son environnement, ses choix, et ses aspirations
Agir sur préconisation d’un tiers sera louable parce-que signe d’engagement altruiste, mais pas durable parce-que ne nous correspondant pas ; je m’en suis rendue compte en voulant embrasser toutes les causes éthiques, écologiques, animales ou sanitaires, via mon mode de vie

La cohérence se trouve aussi selon moi, dans le tri de ses agissements en fonction de ses convictions ; et de la possibilité matérielle ou psychique de traduire telle ou telle cause, dans son quotidien : personnellement, je me sens très touchée par le gaspillage alimentaire, la protection de la planète et des animaux, et plus abstraitement, l’équilibre nutritionnel ;
Vouloir intégrer toujours plus d’éthique dans mon quotidien en suivant des conseils et réflexions tierces (tout à fait justes et lucides par ailleurs!), m’a amené à faire des choix totalement incohérents sur le plan de l’éthique (en quoi manger des oeufs venant de notre poule hy-per bien traitée et nourrie, alimenterait l’exploitation animale? En quoi porter les 2-3 pièces de cuir que j’ai précieusement acquises par mes économies, il y a plusieurs années, contribuerai à la souffrance animale, sachant qu’à présent j’en achèterai le moins possible? En quoi manger un pot de miel par an participe à la souffrance des abeilles? ) , des cogitations tellement incessantes que je m’en épuisais, une fragilité tellement précaire que je mangeais n’importe comment : allant totalement à l’encontre d’une meilleure santé et d’un respect de soi.
Oui, respectons nous, en déculpabilisant
Peu de gens prennent le temps de se poser pour se demander quelles sont leurs convictions, et comment ils pourraient les traduire pour faire avancer les choses ; alors louons les initiatives qui vont dans ce sens : il n’y en a pas de petites , toute prise de conscience cohérente et éthique est admirable ; et si progrès dans sa traduction il doit y avoir, celui-ci viendra le temps venu, au bout de 6 mois, 1 an, plus, peu importe, ce n’est rien à l’échelle d’une vie ; et ça permet d’atteindre un équilibre durable qui nous correspond, individualisant la traduction d’une cause globale

Wall street journal

Dans un tout autre registre, mais toujours dans la quête d’une vie plus saine ; je trouve personnellement assez radical le minimalisme qui voudrait que l’on ne conserve que les objets avec lesquels on a un souvenir émotionnel, ou que l’on jette ceux que l’on a pas utilisé depuis x mois.
Mais on ne peut pas avoir eu une expérience riche en émotions avec chaque livre, culotte, bijoux, ou sac…si?
Et la vie se décompose en phases, durant lesquelles on se sent épanouie, enjoué, attristé, déprimé, épuré, fantaisiste, etc…Donc ne pas utiliser un objet pendant une certaine durée n’est pas synonyme d’inutilité, et d’encombrement malsain d’une maison qui se doit d’être vidée de tout surplus.

Et c’est une psychorigide maniaque adepte du tri qui se fait cette réflexion : je trouve que jeter, organiser, trier, ranger, fait un bien fou à la tête ; et je déteste que mon environnement soit mal rangé, ou encombré de choses dont je ne me servirai plus
Mais tout de même ! Un peu de mesure ! Je comprend que conserver est devenu pathologique pour certaines personnes (je garde les sacs plastiques, c’est grave docteur? Je vais finir par suspecter chacun de mes faits & gestes..) ; mais élaguer matériellement son quotidien pour un mieux-être mental, est peut-être ainsi présenté de manière radicale ..non?

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Bref, tout ça (si peu, si peu) pour vous dire que je réussis à présent à prendre un peu de recul face à cette volonté bienveillante d’embrasser toutes les causes pour une vie assainie ; car bien qu’honorable, elle n’est tout simplement pas faite pour tout le monde, en tout cas pas tout d’un coup 
La cohérence se trouve aussi dans la singularité, la manière dont nous trouverons l’équilibre pour changer les choses de façon durable et solide

Je n’en veux pas aux blogs et livres, (bien que certains soient dogmatiques ou surfent sur une tendance ; ce n’est pas ceux-là que je consultais), mais à ce radicalisme de la perfection éthique, cette volonté englobante d’un mode de vie toujours plus exemplaire

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Les petits pas sont précieux et donc remarquables ; faisons de notre mieux, et si chacun en faisait un petit bout, les choses seraient chamboulées ; plutôt qu’une minorité tente traduire toutes les prises de conscience

Vous en pensez quoi? Que je devrai me mettre à la tisane..? mouai, c’est bien ce que je pensais…

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Une réflexion sur “Une orthodoxie désemparante ; réussir à se retrouver avec soi

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