Comme un avion

J’ai entendu beaucoup de bien (comme ici ou ) de ce film relatant l’engouement soudain d’un infographiste rêveur pour le kayak afin de soulager son besoin de déconnecter d’un monde qui n’avance pas sur les mêmes rails que lui

Il est de surcroît porté par de talentueux acteurs, dont Sandrine Kiberlain, Denis et Bruno Podalydès, dont j’apprécie en général le jeu ; ou encore Agnès Jaoui (avec qui j’ai un peu plus de mal), et Vimala Pons, que j’avais hâte de découvrir et qui est très belle

lesinrocks
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La déception et la frustration n’en ont donc été que plus grandes

En effet, je trouve ce film à la fois surfait et incomplet, et le jeu d’acteurs désincarné voire ayant un goût d’inachevé : insatisfaisant donc..

Alors, je sais qu’il est justement censé porter un message fort de retour à la simplicité, de phases de déconnexion pour mieux se reconnecter avec son for intérieur, se recentrer sur soi
L’on pourrait me rétorquer que si je suis dérangée par des actions aux sous-entendus désincarnés voire inexistants qui, désireuses d’aller à l’essentiel, sont pourtant incomplètes et effacées ; par un dénuement qui se veut décalé, mais n’a rien de touchant ni d’onirique ; par des relations humaines censées illustrer la bienveillance d’accompagner l’Autre dans son chemin de vie, même si se recentrer passe par l’accomplissement bancal de rêves esquissés, mais qui en fait sont inconsistantes et simplistes …C’est justement parce-que je suis conditionnée par une société faite de sous-entendus, d’artificialité, d’encombrement spirituel, de confusion matérialiste…

lexpress
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Très bien, dans ce cas là le film aurait pu jouer à fond la carte de l’onirisme touchant, du dépaysement propre à la méditation, de la proximité avec une nature trop souvent ignorée dans sa pureté apaisante…
Aurait pu rendre les relations incarnées, pour qu’elles en deviennent effectivement touchantes par leur simplicité, leur bienveillance, leur solidarité
Aurait pu nous permettre d’appréhender le chemin de vie réflexif, l’évolution spirituelle, la réflexion de Michel

Et non rendre les actions parfois incohérentes par leur incomplétude, dénuées de toute réflexivité ; le tout ponctuellement bercé par une chanson inutile dont les paroles sont justes là pour nous rappeler qu’on est dans un film qui prône la simplicité dans ce monde de brutes trop rationnelles, la jouissance de profiter des petits bonheurs, la satisfaction de rencontrer des gens sans arrières-pensées, d’être libre et de se recentrer sur soi

Je suis très dure mais ce film m’a frustrée, et ne dessert ni n’est à la hauteur du message qu’il est censé véhiculer, et du casting
Oui j’ai ri par moments, bien sur ; oui j’ai réfléchi sur l’épanouissement de se reconnecter avec la simplicité

cine.ch
cine.ch

Mais le jeu d’acteurs est tellement simple, effacé, désincarné qu’il en devient agaçant sinon simpliste, ce dont je n’oserai pas traiter de tels acteurs
Le film manque de relief par l’inexistence de toute réflexion alors que Michel se trouve, à la cinquantaine, confronté à des questionnements individuels et existentiels -sans pour autant chercher à rationaliser un film qui veut justement s’affranchir des prescriptions, arrières-pensées et autres artificialités malsaines.

Ah ça! c’est sur que ce film est dépourvu de toute relation malsaine : les gens se côtoient, s’épaulent, s’accompagnent, sans vraiment se comprendre, s’interroger, ni s’incarner en y apportant leur personnalité ; s’aiment fort mais se trompent ; se cherchent mais n’essayent qu’artificiellement de se trouver…

Rachel accompagne son mari dans sa quête rêveuse, mais sans le comprendre vraiment ; l'aime sans cohérence (rhoo arrête de tout rationaliser, tu comprends rien à l'Amuuuur)
Rachel accompagne son mari dans sa quête rêveuse, mais sans le comprendre vraiment ; l’aime sans cohérence (rhoo arrête de tout rationaliser, tu comprends rien à l’Amuuuur)

Ma déception est d’autant plus grande que le film est porté par des acteurs d’habitude pleins de relief, de lucidité, de personnalité, de sensibilité et d’humour

Le film est drôle parce-que cocasse ; dépaysant si l’on se concentre ; touchant si on s’efforce de le regarder à travers le message Simple Things qu’il semble vouloir porter
Le début était pourtant attendrissant : Michel, rêveur passionné d’aérospatiale se découvre une passion pour le Kayak,  s’y intéresse, s’y investit à fond ; dans l’espoir que cette expédition imaginée puis concrétisée, lui permettent de remplir sa tête de rêves, de combler sa frustration existentielle, de se réaliser, de se retrouver dans un univers aussi simple, distrait et décalé que lui

avv

Alors on rit, on s’amuse de le voir s’adonner tant bien que mal son rêve soudain ; mais étant donné qu’il a vraiment l’air de planer dans un autre univers, qu’il a un nuage cotonneux dans la tête , on ne se retrouve pas dans sa frustration existentielle, on ne s’identifie pas à ce vide continuel, cette insatisfaction de vivre dans un monde simulé, pressé, qui se veut sensé mais n’honore aucune valeur ; on est frustré de voir cet homme qui se cherche, projeté dans un rêve préparé mais précaire voire irréfléchi,  las d’être à côté de ses souhaits, mais mettant maladroitement en oeuvre ce qui est censé concrétiser son retour à l’authenticité ; et étonné de voir qu’au fond il ne s’est pas échappé pour réfléchir et évoluer, mas juste vivre inopinément une expérience, qui est toutefois trop incomplète à mon goût pour dire mériter ce titre
Ce besoin de s’échapper pour connaitre enfin à quoi l’authenticité ressemble, parce-qu’on est frustré par son existence, incompris, voire inadapté ; est à mon goût mal incarné et représenté

cnet
cnet

Mais en fait, il se déroule comme si scénario, acteurs, réflexivité étaient continuellement sous absinthe -qui a d’ailleurs sa place dans le film : perché, déconnecté, irrationnel et désaxé…
A la fois par leur drôlerie, mais aussi par leur dénuement et leur simplicité, la plupart des relations et scènes, ne pourraient se retrouver dans la « vraie » vie

avvv

Sandrine Kiberlain est très effacée voire passive ; Bruno Podalydès est perché et n’a pas les pieds sur terre (normal il est sur l’eau huhu) ; Agnès Jaoui est presque sensuelle sans être touchante mais m’a bien moins dérangée que dans les autres films ; Vimala Pons est rayonnante et avenante mais d’une sensibilité maladroite

Je doute que son périple ait permis à Michel de méditer, de se recentrer sur soi et surtout de déconnecter ; tout au plus lui a-t-il apporté la satisfaction des plaisirs simples, des rencontres faciles, des journées qui défilent au rythme que l’on souhaite sans rien de programmé…

av

Mais le film laisse donc un goût d’inachevé, de simplicité effacée, d’expériences trop incomplètes et de relations trop passives pour être crédibles, touchantes, ou nous atteindre pour nous faire réflechir sur la symbolique de la nécessité de croire en ses rêves pour se recentrer et vivre, au moins ponctuellement, à un rythme autre que celui que la rationalité artificielle nous impose usuellement

Je venais pourtant le voir en ayant dans l’esprit de laisser de côté mon scepticisme usuel, pour me laisser porter par le dépaysement, la simplicité, le réconfort d’acteurs que l’on apprécie ; le tout propice à la méditation, dans un air du temps où fleurissent les réflexions sur le Slow

daylymotion
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Par contre il a vraiment conforté mon envie d’apprendre les danses de salon ou la danse espagnole ! (rien à voir avec l’objet du film 😉 )
Je vous invite à lire cet entretien, intéressant : Bruno Podalydès vu par ses comédiennes

Qu’en pensez-vous? Suis-je trop dure? Ai-je raté quelque symbolique touchante parce-que je suis trop sceptique?

(Si vous brulez d’envie de faire du Kayak, mais n’avez pas de point d’eau à proximité, pas de panique : Michel le farfelu nous prouve qu’on peut s’exercer sur…un toit ! you-pi)

Ce que je bois en vous écrivant : le Oolong de Destination Bio : boisé, sans être végétal ; il est franc et équilibré, mais un poil trop « humide » voire légèrement fumé

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Une réflexion sur “Comme un avion

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