Valley of messages

Explicites sur un flanc ; implicites sur l’autre flanc…

« Deux « monstres » du cinéma une nouvelle fois réunis à l’écran » ; l’illustration d’une parentalité fragile,  heurtée par les aléas de la vie, et les turpitudes des sentiments ; un paysage à couper le souffle… : bref, le synopsis de Valley of Love me tentait vraiment. Je pensais même que ce film, par ce cocktail gagnant, serait une valeur sure, une évidence

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Deux « monstres » sur lequel le temps a fait son oeuvre : maturité et aisance cinématographique ; mais traits tirés, regards usés.Je ne parviens toujours pas à savoir si cette usure lasse s’est imposée pour les besoins du film ; ou si Gérard Depardieu et Isabelle Huppert sont tout simplement des individus, et non des machines cinématographiques, sur lesquels le temps, jusque-là synonyme de prestance cinématographique affirmée ; entame aujourd’hui son emprise porteuse d’essoufflement..

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Toujours est-il que j’ai été plutôt déçue par leur jeu ; par les dialogues simplistes ; par certaines scènes tirées par les cheveux …et je me suis sentie émue, et sensible au message mystique et émotionnel du film, seulement à la dernière scène

En effet, je suis mal à l’aise avec les scénarios qui, plutôt que de faire comprendre au spectateur les tenants et aboutissants des intrigues familiales, passé des personnages,  par des messages implicites, qui nous permettent de comprendre la coloration, la personnalité et les relations des individus, naturellement, au fur et à mesure du film ; se sentent obligés de placer exprès des scènes tellement explicites qu’elles en sont incohérentes, et tombent comme un cheveu sur la soupe  ; du genre -alors que Gérard et Isabelle ont été mariés, ont un enfant en commun, sont liés émotionnellement, et ne se sont pas tant que ça perdu de vue- Gérard lui demande « et il fait quoi déja ton mari? » pour que le spectateur en soit au courant. Ou, alors que tous deux ont reçu l’obscure lettre de leur fils, et l’ont lue des dizaines de fois, chacun demande à l’autre de la lire à haute voix, pour que l’on soit informé de son contenu.. Enfin, je vois peut-être le mal partout, et peut-être que ces scènes seraient tout à fait plausibles et cohérentes, mais elles ont tendance à m’agacer ; pas vous ?
Et puis dans le genre cheveu sur la soupe : le débat existentiel sur la capacité ou non des gens à changer au cours de leur vie ; dès les premiers échanges de leur premier repas ensemble…Lourdeur pseudo-philosophique bonjour!

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Au-delà des scènes trop explicites pour être fluides ; le jeu des acteurs balance entre effacé et saccadé. Je comprends que se retrouver dans cette situation invraisemblable, est propice aux conversations hésitantes, révélations maladroites, tensions et déroulements quelque peu incohérents -n’est-ce pas ce que voulait leur fils, les faire échanger sur eux, entre eux? – mais les journées, rythmés par le planning donné par leur fils , défilent sans saveur et se ressemblent quelque peu : deux acteurs encensés professionnellement mais désœuvrés sentimentalement, se retrouvent en tête à tête dans une vallée aussi aride qu’ils sont perdus dans leurs aspirations ; pour parler, se révéler des choses qu’ils ont sur la conscience depuis plus ou moins d’années, échanger comme ils n’ont jamais eu l’occasion de le faire…Je trouve que ce principe a un léger goût de déja vu ; et le jeu de ces deux piliers du cinéma, n’en fait pas un synopsis incarné et fluide..

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Mais ce qui est touchant -et a occasionné un long débat sur le chemin du retour , et chemine encore dans ma tête- est que le film met le doigt sur ce monde parallèle que je ne saurai nommer, fait de transmissions de pensées, somatisation surnaturelle, rêves prémonitoires, présences ressenties physiquement alors qu’elles ne sont qu’immatérielles..Bref, la puissance inexpliquée du suprasensible, de ce qui ne peut être concrétisé par la rationalité, de ce que chacun de nous a déja pu expérimenter, mais se refuse quelque peu à s’avouer car ne pouvant l’expliquer par les schémas psychiques communs, le rationaliser …
Doit-on y croire ? Oui sans doute, mais comment le faire si l’on ne peut le saisir?
Je sais que ce monde que l’on nomme parallèle alors qu’il fait parti intégrante de notre quotidien plus cartésien, ne peut être dénié ; mais, insaisissable comme il est, il me laisse  perplexe et mal à l’aise..
Quel est votre rapport au suprasensible, au supernaturel?

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A la fin, le film nous permet également d’observer une facette de Depardieu peu connue, et que je n’avais pour ma part jamais vue à l’écran : cette sensibilité à une émotion qui le dépasse, l’emplit au point de le désarçonner, ne pouvant mettre de mot dessus.
Et Isabelle Huppert joue une veggie un peu caricaturée car elle est celle qui croit au spirituel, s’intéresse aux préceptes bouddhistes ; mais au fond, c’est plutot vrai : devenir végé, c’est prendre le temps d’écouter son corps et sa planète, de se demander ce qui est bon pour elle et pour nous, de tenter de faire coincider nos convictions éthiques et nos actions ; et donc de se pencher sur des facettes de notre monde trop souvent inexplorées …

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