La déconnexion – ou la pondération de l’Autre

Dans sa dernière newsletter, Idécologie nous propose de profiter des quelques ponts de Mai, pour se déconnecter, afin d’alléger notre empreinte carbone, et consacrer ce temps à des activités qui nous tiennent à cœur, nous font du bien, ou que le caractère chronophage d’Internet ne nous laisse pas le temps de réaliser.

 

Une chouette idée, que je vais suivre, et je l’espère même au-delà des seuls ponts de Mai ; car elle tombe à pique.

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@antigoneXXI

En effet, je pense qu’en ce moment, les réseaux sociaux ont des effets plus néfastes que bénéfiques sur mon équilibre.

 

Ces derniers, par leur diversité, leur vastité et leur prolifération, nous ouvrent à l’Autre. Celui-ci entrebâille plus ou moins la porte de son univers, pour partager son quotidien, avec doutes ou certitudes.

Internet est donc une formidable opportunité, un réservoir de conseils,  de partages mutuels, d’expériences ; qui peuvent être des repères lorsque l’on aborde un sujet avec incertitude, ou qu’un choix de vie nous attire mais est tout autant truffé de questions que le mois de mai l’est en ponts (bon, d’accord, surtout Mai 2015).

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Source de repères ces partages, vraiment ? Ou de déboussolement ? Car s’immiscer dans le quotidien et le mode de vie (organisation, alimentation) d’un autre, c’est les comparer aux notres. Et donc potentiellement le jauger, le sous-peser et le remettre en cause.

 

Se remettre en cause me parait essentiel pour se construire, évoluer, progresser, s’ouvrir à l’extériorité. Cela permet d’apprendre (astuces pour générer moins de déchets), de rectifier ses erreurs (équilibre nutritionnel bancal à l’entrée dans un nouveau régime alimentaire), de s’enrichir.

 

Mais douter sans cesse, car l’on est continuellement exposé à des quotidiens et des façons de faire différentes -que leurs auteurs présentes légitimement comme ceux qui leur conviennent le mieux– fragilise trop la terre sur laquelle reposent déjà fébrilement nos pieds, et risque d’ébranler notre équilibre en ne laissant jamais notre esprit apaisé.

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Il faut certes faire la part des choses. NOUS ne sommes pas EUX.
Un quotidien, fait d’individualité, n’a nul pareil en termes de besoins, de rythme de vie, de soucis personnels, d’envies. Une personnalité ne peut se voir calquer le mode vie d’une autre.
Il est bon de piocher dans l’Autre ce qui nous grandira en nous enrichissant, par la remise en cause constructive et personnelle de nos façons de faire ; sans s’imbiber de prescriptions subjectives et individuelles (car émanant d’un vécu singulier) qui nous feraient douter de nos propres besoins et envies.
En effet, l’on peut voir l’Autre –en particulier sur Internet, où les partages proviennent de blogueur/ses influents- comme « meilleur », plus informé, plus éclairé, mieux à même de faire la part des choses. Donc l’on questionne fortement nos habitudes, voire l’on suit ces recommandations qui nous paraissent sensées et mieux à même de répondre à nos besoins nutritionnels, affectifs, professionnels, vestimentaires…
Pour peu que notre confiance en soi ne soit pas aussi gonflée et pétillante qu’une pâte à pain à la bière, on infériorise nos façons de faire jusqu’à présent, on doute au quotidien, et on adopte les conseils de figures extérieures qui, peut-être rien que parce-qu’elles osent partager leurs astuces, se constituent en modèles du mieux.

 

Mais le mieux ne devient-il pas l’ennemi du bien, quand le mieux est insaisissable et flouté du fait que tout soit relatif ?

On se projette en permanence vers un mieux, un Etre idéal, qui peut passer par une déclinaison d’Avoir (vêtements, maquillage, objets connectés…) ou de façons d’Etre.
Cette prescription sociétale d’une course à jamais insatisfaite vers un Mieux-parce-que-Autre, se nourrit de notre fragilité, en quête de confort identitaire. Et cela peut se transformer en machine à frustration existentielle, que ce soit par le vide substantiel de la société de consommation, ou la projection permanente vers un modèle extérieur.

 

L’accomplissement identitaire des éponges déboussolées que sont les âmes existentiellement incertaines, ne passerait donc pas par une quête interne ; mais une ouverture aux conseils de mode de vie pour enfin se sentir mieux.

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Un exemple omniprésent de cette ambivalence peut être le partage par les réseaux sociaux, des repas au cours d’une journée/semaine. Précieuse aide pour s’organiser, avoir des idées, équilibrer ses repas ; ou témoignage que l’assiette de l’Autre est bien plus équilibrée, mieux structurée que la notre ?

 

Internet est donc une mine de précieux conseils pour nous faire grandir intérieurement. Mais pour cela, il ne faut pas se perdre en se distançant de notre individualité. Et s’ouvrir aux partages extérieurs, tout en n’oubliant pas de se recentrer sur notre singularité, nos besoins, de quoi notre quotidien est fait, et ce qui lui correspond, à lui.

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Tout est et sera relatif, que ce soit la « qualité » du mode de vie de l’un sur celui de l’autre ; mais aussi ce que l’autre lui-même, et la société en général, perçoivent comme « mieux » (manger bio ; sans gluten ; des céréales non raffinées ; locales ; ah mais finalement le quinoa c’est pas le graal).

 

Tout en ne se fermant pas aux évolutions et recommandations extérieures, cessons d’estimer que nous faillons sans cesse dans l’identification individuelle de nos besoins et de ce qui serait mieux pour nous.

Internet peut parfois nous faire croire que le Mieux nous est et nous sera révélé.

Cela peut être destructeur car notre moi déjà fragile nous échappe.

 

Recentrons-nous, ce que permet la déconnexion ponctuelle.

Prenez soin de vous

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3 réflexions sur “La déconnexion – ou la pondération de l’Autre

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