Lectures croisées : « Dysfonctionnelle » d’Axl Cendres & « Les larmes de la liberté »,de Kathleen Grissom… OUTRAGE

Ce peut être vu comme un outrage que de superposer ces deux livres. Ils ont en effet des auteurs, éditeurs et partis pris, totalement différents.

Mais ce week-end, ces lectures se sont succédées, donc croisées.

Et elles ont spontanément fait écho en moi.

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Dysfonctionnelle est le récit de Fidèle, du quotidien aussi joyeux que désolant d’une famille hors-normes. Le père fait des allers retours en prison, et la mère à l’asile. Laissant périodiquement leurs 7 enfants à la charge malhabile (…) des services sociaux.
Un joyeux bordel,  incarné, touchant et sans pathos.
Très bien ciselé, ce roman unique qui maitrise les registres, combine humour et affliction.
L’amour triomphe sans niaiserie, malgré les destins escarpés par la souffrance, les guerres diplomatiques ou existentielles, les difficultés d’adaptation à son monde, et au monde « normal ».
Dans ce livre prenant et attachant, Axl Cendres aborde en filigrane la guerre, l’art, la religion. Et bien sur l’amour, que va connaitre Fifi…
..Avec une désinvolture clairvoyante.

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Changement d’univers avec Les Larmes de la liberté de Kathleen Grissom : un livre polyphonique sur le thème de l’esclavage (dans la continuité de son précédent livre).

On retrouve ici aussi différents registres, et statuts sociaux, car l’on suit la quête de James Burton pour retrouver le jeune Pan, enlevé aux marchands d’esclaves.
Burton a une dette envers le père de Pan, car celui-ci l’avait recueilli quand, enfant, il était lui-même en fuite. En effet, dans cette traque déjà hasardeuse, Burton doit aussi prendre en compte les patrouilleurs qui n’ont en fait pas cessé de le poursuivre depuis qu’il a été révélé qu’il était à moitié « nègre » et non Blanc, comme sa peau l’indiquerait.

La quête de Pan l’oblige à se confronter à son passé, et questionner son présent : suite à une passion avec une femme au mariage notoirement raté, celle-ci tombe enceinte. Comment réagita-t-elle en apprenant les origines du père de son enfant ? Celui-ci sera-t-il noir ?

Burton craint que son identité soit révélée…mais il le faut.

Au cours de son périple, il croisera le chemin de bien des foyers endeuillés, où il va étonnement apporter la joie, alors que son vécu est lui-même escarpé ; et qu’il doit être redescendu de son piédestal, car la peur peut le rendre lâche et égoïste.

Les larmes sont effectivement omniprésentes dans le livre…
Mais pour qui seront-elles synonymes de deuil ou de liberté ?

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Quand j’ai ouvert Les larmes de la liberté après avoir refermé Dysfonctionnelle, j’ai réalisé que dans les deux livres, les personnages étaient confrontés à deux mondes.

Deux univers dont il faut apprendre les règles et les codes : tacitement ou explicitement. Tant Burton, que la sœur de Fifi dans Dysfonctionnelle, apprennent rigoureusement les normes de la strate « supérieure » pour s’y intégrer.

On ressent alors l’insécurité, la fragilité des hors-normes ; et la sécurité des assurés (les normaux ou les blancs)…qui s’effrite tout autant, car elle est prétendue.

Toute brèche entre deux mondes est source de préjugés et paradoxes ; et ces romans témoignent de la difficulté sociale d’être soi.

Burton, lui-même de sang noir, refuse d’admettre qui il est -emploie d’ailleurs des nègres- et a fait son possible pour s’assurer une place et un rang parmi les privilégiés, car il dénigre lui-même ses « basses » origines, qui le marginaliseraient et mettraient son statut et sa réussite en danger.
La sœur de Fifi ne rêve que de quitter cette famille de « tocards », pour se trouver un mari, dont la richesse ne l’émancipera pas plus que la liberté de penser et l’unicité de sa famille.

Surtout, il est question dans ces deux livres, de passions amoureuses entre membres de ces deux univers, l’aristocratie et la classe dénigrée. Mêler des sangs aux couleurs et dignités supposément incompatibles ; mêler des origines aristocratiques avec une enfance vécue entre le bar qui fait office de maison, et les familles d’accueil.

Avec finesse, humour et sagacité, les personnages feront triompher l’amour, qui est ici une passion bien plus raisonnable que la raison socialement acceptée.

Mais ils feront l’épreuve des préjugés , incertitudes existentielles, questionnements moraux et difficultés d’adaptation…Bref, de la constante difficulté d’être soi en société.

Alors que dans société, il y a « soi ».

Dysfonctionnelle d’Axl Cendres chez Sarbacane

Les larmes de la liberté,de Kathleen Grissom, Editions CharlestonEditions Charleston

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Pensées feuillues

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2 réflexions sur “Lectures croisées : « Dysfonctionnelle » d’Axl Cendres & « Les larmes de la liberté »,de Kathleen Grissom… OUTRAGE

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