Faux-semblants épiques, et pancakes oniriques : « L’homme qui s’envola » d’Antoine Bello

Dans son dernier roman, Bello dit Ciao Ciao Ciao 🎤.. mais ce n’est pas en disparaissant qu’on se fuit.

 

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John Walker, entrepreneur du Nouveau-Mexique, a apparemment tout pour être heureux : il a trois enfants magnifiques; dirige et fait prospérer l’entreprise déjà florissante de service de messagerie express, de feu le père de son admirable femme, avec qui il est marié depuis près de 20 ans; a un confort de vie fort enviable…
Un inventaire à la Prévert du bonheur ?..

 

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Pas si sûr.
Car ici encore, Antoine Bello explore les ambiguïtés sociétales et existentielles de cette Amérique du « progrès » et des hommes qui doivent s’y adapter, s’y confronter, s’y conformer.

 

 

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En effet, Walker est autant sous pression qu’une cocotte-minute : il a trop de responsabilités, pour trop peu de temps; et n’est que frustration rentrée.

Tant dans son couple que sa carrière : ces incompatibilités d’aspirations se révèlent de plus en plus tristes au fil des pages.

 

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Dans la première partie de ce roman qui s’ouvre sur un vol en turbopropulseur  ; il planifie virtuellement puis concrètement sa disparition.
Une simulation de crash d’avion, et une survie financière dépendante d’un contrat corrompu quant au renouvellement de …la flotte aérienne de sa firme.

« Je ne me cherche pas d’excuses.
Il fallait que je parte.
Il en allait de ma peau.
Mais je me déteste pour la souffrance que j’ai causée ».

Une disparition aussi froide qu’inconcevable, déjà questionnée dans d’autres romans.

 

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Sauf qu’ici, alors que la première partie du livre était narrée à la troisième personne, comme à distance ; une fois Walker se croyant « libre », la narration s’incarne à la première personne à travers les journaux de bord des deux parties.
Les délaissés , par la voix de sa veuve ;
Walker mal emmanché dans la forêt ….

Puis Sheperd, détective mandaté par la compagnie d’assurance, doutant de la véritable mort de l’entrepreneur, excellant dans le skip tracking…
Nick Sheperd est redoutable et tenace dans son efficacité. A commencer par le brouillage des certitudes et du déni d’une veuve pourtant aussi entêtée.

 

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Ce neuvième roman d’Antoine Bello m’a moins fait rire qu’Ada, que j’avais beaucoup aimé.  S’il est plus technique sur les aspects industriels et financiers du monde des firmes dans lequel évolue la famille Walker, je l’ai trouvé tout aussi intéressant et prenant, avec ses pointes d’humour et de perspicacité.

En effet, il y a du cocasse et du désolant dans cette perte de repères que narre Bello.
Si certains propos peuvent manquer de subtilité, ils sont bien menés, prenants et déroulent des questionnements intéressants car on ne peut plus présents.

J’aime les livres de Bello car il n’est pas dupe de cette société, et la questionne : après l’intelligence artificielle, ce livre est intéressant car il développe une face ambiguë de la  société contemporaine…Tout en ne s’éloignant pas de l’Amérique aisée qui a accès à ce « progrès » source de frustrations.

 

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Tout d’abord, j’ai retrouvé ici ce qui m’avait aussi plus avec Ada, à savoir une plume française dépeignant l’Amérique..Enfin, l’Amérique… : celle du soi-disant « progrès », d’un « American dream » permis par l’ »American way of life ».
A condition que vous soyez « successfull ».

Un mode de vie plein de paradoxes et de contradictions quant aux aspirations existentielles des individus.
Subissant les pressions externes (rentabiliser chaque instant, être productif, réactif, anticiper…) et internes de la modernité galopante : les constantes frustrations existentielles malgré une vie matérielle comblée.

Une bonne partie de ces pressions désolantes et étouffantes, Walker se les inflige lui-même, dans une « poursuite d’une perfection inaccessible » : il se « consume par sa mission » et veut tout contrôler, tout prendre en charge.
Il veut optimiser chaque seconde, au détriment d’un réel épanouissement avec sa famille ; cette dernière ne réalisant pas son accablement et ses responsabilités.

Il ne s’agit pas de manque de moyens ou d’amour; mais d’écoute mutuelle et de soi; de questionnements de ses aspirations. De réaliser que tout ne peut se contrôler.
Surtout pas la liberté.

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Une fois veuve, Sarah -qui reproduit machinalement le schéma familial- n’envisage pas que son mari ait pu être si fatigué et accablé de responsabilités. Elle le réalise en reprenant ses fonctions dans la firme…
Et le détective Sheperd va et veut la faire douter et ouvrir les yeux.
Avec froideur. Et compassion.

 

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« Il préférait vivre avec le remords d’être parti.
Qu’avec le regret d’être resté ».

 

Plantant ici encore le décor dans une famille américaine aisée, avec un couple solide et aimant –mais imperceptiblement fissuré par des aveuglements- Bello nous interroge sur les ambiguités du progrès sociétal et technique.
Et sur l’espace de liberté que se donne l’individu devant s’adapter aux évolutions modernes.

Qu’est-ce que réussir ?

Pourquoi Walker est-il parti ?
C’est ce que se demande sa femme.
Et c’est ce que l’on se demande en réalisant qu’évidemment, fuir ne résout pas le mal-être intérieur.
S’échapper ne rend pas libre.

 

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La fuite fait juste office de vases communicants : l’accablement des responsabilités et la perte de repères incombent à présent à la femme de l’envolé.

Qui, malgré la proximité physique, ne connaissait pas si bien sa famille.
Qui, avec un éloignement physique, ne résoudra pas ses problèmes existentiels.

Mais quel que soit l’éloignement physique et l’ampleur de la fuite…on ne la fait pas au détective Sheperd, qui n’a pour l’instant connu aucun échec dans ses traques…

Les deux hommes se cherchent, se renseignent et ripostent mutuellement, dans une traque serrée, où leurs intelligences se croisent et se répondent.

« Avantage bibi« ?

 

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Sheperd est mû par sa ténacité et sa réputation.
Walker par la conscience que rien ne justifierait sa simulation s’il était retrouvé.

Lui même le sait-il?

Arrive-t-il vraiment à se libérer de ce dont il était prisonnier?

 

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Un roman réflexif et prenant à prolonger avec : L’homme qui voulait vivre sa vie de Douglas Kennedy ; ou plus récemment L’un l’autre de Stamm.
(Not read yet 😉 )

***

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Dans les jours suivant son parachutage dans la forêt, seul avec ses ecchymoses et sa faim, Walker rêve du généreux petit-déjeuner dont il avait pu se délecter dans un luxueux hôtel. Entre les gaufres, le café et les céréales : que serait un matin-bonheur sans pancakes ?

 

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Alors en voici une recette qui change un peu de l’ordinaire, car j’y ai mis du kasha/sarrasin :

Pour une demi-douzaine de pancakes :

🌿 100 gr de sarrasin cuit

🌿 1 cc de sel

🌿 180mL de lait de soja

🌿 1 belle CS d’arôme de fleur d’oranger

🌿 20 gr de flocons de sarrasin

🌿 30gr de flocons de riz

🌿un « oeuf » (ici 10gr de substitut d’œuf)

🌿 20 gr de sucre vanille (+ selon goûts et garnitures prévues)

 

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Mixez la moitié du lait de soja avec le sarrasin, le sel, l’arôme et le substitut d’œuf

Puis ajoutez le reste des ingrédients ; amalgamez bien

Une fois une pâte fluide obtenue, déposez-en une louche dans une poêle légèrement préchauffée

And so on ! 🌿🌿

 

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Avez-vous lu le(s) livre(s) de Bello; ou d’autres récits de disparitions ?

🌿 Pensées feuillues !

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2 réflexions sur “Faux-semblants épiques, et pancakes oniriques : « L’homme qui s’envola » d’Antoine Bello

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