Les dix petits nègres des « Farallon Islands » de Abby Geni

Lorsque le 3 Juin dernier, j’ai rencontré la douce Abby Geni à St-Malo, je n’avais pas encore eu le temps de lire son roman remarqué : Farallon Island.

 

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« Miranda débarque sur les îles Farallon, archipel sauvage au large de San Francisco livré aux caprices des vents et des migrations saisonnières.
Sur cette petite planète minérale et inhabitée, elle rejoint une communauté récalcitrante de biologistes en observation, pour une année de résidence de photographe. Sa spécialité : les paysages extrêmes.
La voilà servie.

Et si personne ici ne l’attend ni ne l’accueille, il faut bien pactiser avec les rares humains déjà sur place, dans la promiscuité imposée de la seule maison de l’île ; six obsessionnels taiseux et appliqués (plus un poulpe domestique), chacun entièrement tendu vers l’objet de ses recherches.

Dans ce décor hyperactif, inamical et souverain, où Miranda n’est jamais qu’une perturbation supplémentaire, se joue alors un huis clos à ciel ouvert où la menace est partout, où l’homme et l’environnement se disputent le titre de pire danger.

Avec une puissance d’évocation renversante et un sens profond de l’exploration des âmes, Abby Geni nous plonge en immersion totale parmi les requins, les baleines, les phoques, les oiseaux et les scientifi ques passablement autistes… dans un vertigineux suspense, entre thriller psychologique et expérience de survie« .

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Etonnants Voyageurs

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La jeune Miranda, photographe de nature –dans tous les sens du terme– nomade dans son essence, et inexplicablement attirée par ces îles sauvages et acérées, y débarque en effet pour un an d’observation.

Elle qui ne semble vivre sa vie qu’à travers la perspective de l’objectif, aura pour mission, à l’image des cinq autres biologistes présents, d’inventorier la faune, observer l’environnement; sans jamais interférer dans cette nature brute et périlleuse à préserver.

Dans une ambiance à la fois onirique et fantomatique, le roman est construit entre carnet de bord, et lettres de Miranda à sa mère.
Lettres qu’elle n’enverra jamais, car celle-ci est décédée quand elle avait quatorze ans, l’amputant de certains repères et d’attaches.

Ces îles insolites et originelles ramènent en effet aux propres origines et attaches de la jeune femme. Cette expérience profondément sensorielle de la nature, travaille aussi bien le corps que l’esprit : elle permet des introspections dans lesquelles le lecteur se retrouve.

Avec forcément le risque que l’introspection contemplative n’entraîne quelques longueurs;
Et que la perspicacité ne se mêle à la facilité

Miranda s’interroge par exemple sur la sécurité,  les aspirations ou les attaches existentielles. Et l’auteure mêle ces songes à l’authenticité de la nature, avec de belles tournures et métaphores évocatrices.

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Au fil des « saisons » animales -qui rythment le découpage du livre-, Miranda s’approprie l’île, et l’apprécie de plus en plus; et s’y acclimate pour mener à bien ses observations, munies de ses six-moins-un appareils photos.

 

Mais un jour, elle subit un drame au cœur même du refuge étroit, de cette île isolée, rythmée par les vents et frappée des cris des oiseaux et des vagues sombres.
Le flot d’émotions qui va happer la photographe n’aura d’égal que la puissance trouble de ces dernières.
Écorchure à laquelle va se mêler une intrigue sous forme de thriller psychologique, du fait de la promiscuité oppressante des lieux.

Au fil des pages, cette succession de menaces imprévisibles et inexpliquées qui pèsent sur le petit groupe insulaire, m’a évoqué l’angoisse des Dix petits nègres sur leur île.
Narrée avec un style entre Maylis de Kerangal et Catherine de Saint Phalle (Sous un ciel immense)!

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Intrigue mêlée d’écologie, d’alerte quant au réchauffement climatique; sur fond de nature insolite et d’observation des comportements animaux. Le tout surmonté de la mise en perspective du rapport maternel et de révélations de secrets de famille… : Farallon Island me rappelle bien sûr surtout La tristesse des éléphants, que j’avais beaucoup aimé.

 

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Même si dans le livre d’Abby Gemi, l’intrigue ne saisit vraiment qu’à la moitié du livre.
Le reste étant surtout constitué d’introspections de Miranda, et de sa découverte de l’environnement abrupt, de l’acclimatation au rythme des îles, ou d’apprentissages sur les divers comportements animaux…et humains de ces biologistes aussi insolites que l’archipel isolé!

 

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Comme La tristesse des éléphants, Farallon Islands fait partie de la collection « bandeau » de Actes Sud : une sélection plus accessible et plus ouverte.
Et qui reprend visiblement des thématiques engagées, pour la nature ou la condition féminine par exemple.

Ainsi, pour y être sensible, il me semble qu’il faille être attaché-e- à la préservation de l’environnement, de la faune et de la flore du globe.
Ou tout simplement être curieux !
Car en effet, l’intrigue est plongée dans les flots de la description de cette insularité singulière, qui impose ses cadences aux rares curieux qui s’y aventurent.
On apprend un tas de choses sur les requins, cétacés, oiseaux marins ou saisonnalité des lieux, c’est très intéressant !
De même, cette immersion propre à l’insularité dégage une force évocatrice englobante, qui transporte et interpelle le lecteur.

Mais j’ai conscience que ces descriptions de l’environnement -et intériorisations entre rêve et réalité de Miranda- emportent, estompent et étirent l’intrigue.
A l’image des vagues lapant le rivage

 

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