Livres tabou #1 : 3 romans sur les troubles psychiques

Quand j’ai annoncé à ma prof d’anglais que le livre que j’avais choisi de lui présenter, se situait dans un hôpital psychiatrique, elle a instantanément fait une moue qui en disait long.

 

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Ecrire, lire et peut-être encore plus parler des troubles psychiques est gênant, délicat, et tabou.
Car traiter de la névrose d’autrui titille le mal-être de tout un chacun, l’insaisissable, l’innommable, et, ce que l’on déteste par-dessus tout : une irrationalité que l’on ne peut contrôler.

De surcroît, les troubles psy ont été longtemps pris en charge de façon chaotique, et ce n’est que depuis quelques décennies que cet encadrement est bien moins déshumanisé. Encore que les patients soient encore déconsidérés par certains.

Pourtant, s’intéresser à ce(ux) qui traite(nt) de cette exacerbation d’une facette de nous-même, est souvent très instructif, émouvant et enrichissant.

 

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Le parfum de l’Hellébore, je l’avais pioché au hasard des rayons : et quelle belle surprise ! Cathy Bonidan nous propose un premier roman prenant, aussi touchant que délicat : un émouvant récit sur la prise en charge des troubles psychiques dans la seconde moitié du XXème siècle.

Vous retrouverez ici le résumé du roman, ainsi que mon entretien avec l’auteure !

 

💐💐

 

« Et c’est sur ce peut-être que nous dansions et faisions la fête « 

boj

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Ce livre, j’étais extrêmement réticente à le lire pendant des mois, car -pleine d’a-priori 😢- je trouvais qu’il avait trop de succès, que la couverture était trop kitsch, etc.

Peut-être n’étais-je pas prête à le lire. Pourtant nous avions rencontré son auteur lors d’Etonnants Voyageurs l’année dernière (si délicatement surpris de son succès), et je savais ma mère bouleversée par cette lecture.

Ainsi, à force de voir tant d’émotions déferler autour de moi, je me suis plongée dans ce roman unique. Qui m’a bouleversée, justement parce-que je voyais les yeux de l’auteur derrière chaque ligne, et ne savais pas quel était le degré de fiction de ce récit.

 

"Il écrivait, Riait en écrivant, Écrivait ce qui le faisait rire "… ✒️. Pourquoi je ne l'ai pas lu avant ? Car je me méfie toujours des éNoOorMeS succès dont tout le monde parle, et qu'il FAUT lire. Succès dont l'auteur était le 1er surpris quand je l'avais rencontré l'année dernière. Auteur dont le physique me revient à l'esprit quand je lis ses descriptions du père fantasque. Et puis l'image de couv du poche (avec laquelle je danse sur la photo 😁) m'a..encore plus dissuadée 😋. Mais heureusement, touchée par l'émotion de mes proches, je me suis enfin laissée porter par la justesse poétique, de cette preuve que l'amour va bien au-delà de la marginalité. #ootdQSLD🍀

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̶ »̶R̶i̶r̶e̶ ̶e̶t̶ ̶é̶m̶o̶t̶i̶o̶n̶ ̶à̶ ̶l̶a̶ ̶l̶e̶c̶t̶u̶r̶e̶ ̶d̶e̶ ̶c̶e̶t̶ ̶a̶m̶o̶u̶r̶ ̶f̶o̶u̶ »
̶U̶n̶ ̶l̶i̶v̶r̶e̶ ̶q̶u̶i̶ ̶m̶’̶a̶ ̶t̶r̶a̶n̶s̶p̶o̶r̶t̶é̶e̶ ̶
̶Q̶u̶a̶n̶d̶ ̶l̶a̶ ̶t̶e̶n̶d̶r̶e̶s̶s̶e̶ ̶f̶a̶i̶t̶ ̶m̶o̶n̶t̶e̶r̶ ̶l̶e̶ ̶r̶i̶r̶e̶ ̶t̶o̶u̶t̶ ̶a̶u̶t̶a̶n̶t̶ ̶q̶u̶e̶ ̶l̶e̶s̶ ̶l̶a̶r̶m̶e̶s̶

Non.
Vraiment, je pense qu’il n’y a pas de mot.
Un livre bouleversant de fantasque, écrit par un auteur aussi solaire que discret; aussi réservé que son texte est intime; aussi étonné par son succès que son récit est percutant.

La vie est une fête
L’amour transcende la marginalité
Le fantasque fait fi de la norme
Les larmes ne connaissent pas de paraitre.

Olivier, merci de nous le rappeler.
Avec un ton poétique, juste, et enlevé
Un tourbillon drôle, émouvant et incarné.

Ce roman m’a fait le même effet que quand il m’arrivait de boire du coca : une effervescence noire qui me monte à la tête, me prend au ventre et m’oblige à m’allonger.

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Entre vécu tendre d’un petit garçon, et carnets intimes du père, Olivier Bourdeaut nous dépeint donc le quotidien fantasque d’un trio familial centré sur la mère, habitée puis rongée d’une folie irrésistible que transcende l’amour mutuel.

Sa rationalité inexistante fait fi des normes et convenances, vit sans horaires, au rythme des fêtes exaltées, des désirs exaucés sans pourquoi…et bien sûr de cet air de Nina Simone, symbole de leur mariage, leurs danses quotidiennes, de l’oxygène de leur amour.

Un amour lui aussi sans pourquoi car passionné, incandescent et plus puissant que tout qu’en dira-t-on sur la marginalité de celle qui se renouvelle chaque jour.

 

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Mais peu à peu, cette folie n’est plus seulement synonyme de festivités quotidiennes, d’éducation insolite pour un enfant épaté de tendresse, ou de trop-plein d’alcool de danse et d’amour.

La flamme va trop loin, et la rationalité du réel fait irruption dans cette vie embras(s)ée.

Unique comme elle est, l’ardente se laissera-t-elle enchaîner par le carcan de la normalité, encadrer par le joug de la rationalité, assujettir par la morosité du réfléchi ?

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Non, bien sûr!..

Mais jusqu’à quand la vie pourra-t-elle être une fête d’amour enflammé?
Le quotidien une flamme de spontanéité?
La seule feuille de route une partition de Nina Simone?
La seule règle la tendresse, le plaisir, le rire et faire fi des normes?

Quoi qu’il arrive l’amour et la bienveillance triompheront car la vie est une unique fête, où l’on se rencontre, s’ébat, se découvre chaque fois; se protège, se serre les coudes et danse sans fin; s’aime, se redécouvre chaque jour et tourbillonne de plaisir

Car flamme, désir et amour sont parait-ils synonymes

Car autant vivre notre marginalité à fond et la brûler par les deux bouts

Car la vie vaut la peine d’être vécue

A quel prix, l’amour?

 

boj

 

💐💐

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Cachés dans la maison des fous est un roman qui allie deux thématiques qui me touchent – la Seconde Guerre Mondiale et les troubles psychiatriques- et m’a permis de découvrir le style de Didier Daeninckx.

L’histoire se déroule dans un hôpital psychiatrique -un asile– qui abrite des patients et des résistants de guerre.

Ici, ce n’est pas le pouvoir des fleurs qui est mis en avant comme dans le roman de Cathy Bonidan; mais celui de l’art qui est questionné. Tant pour le bénéfice des patients; que parce-que parmi les résistants se trouvent Paul Eluard et sa muse.

Denise, jeune fille juive également cachée, va apprendre à connaitre l’artiste à l’origine de l’hymne de Liberté, pilier des mouvements de résistance. Ainsi que le pouvoir de la poésie haut porté par Eluard qui ne cesse de créer sous prétexte d’enferment physique. Un pouvoir libérateur plus que jamais nécessaire en ces temps d’obscurantisme psychique selon le poète.

Comme dans le parfum de l’Hellébore, la prise en charge des troubles psychiatriques est questionnée en ce milieu du XXème siècle : entre dénigrement des malades et établissements précurseurs dans l’humanisation de leur traitement.

Je ne connaissais pas cette histoire dans l’Histoire, et je trouve intéressant de croiser ces deux thématiques touchantes et cruciales. Bien que le roman soit très succin.

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📖🖋

J’avais également aimé Rien ne s’oppose à la nuit; L’intranquille ; ou L’autre qu’on adorait !

 

Et vous? 🖤

 

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6 réflexions sur “Livres tabou #1 : 3 romans sur les troubles psychiques

  1. Je n’ai pas lu En attendant Bojangles, un peu pour les mêmes raisons que toi (trop gros succès, couverture kitsch), mais finalement je vais revenir sur mes a-priori et me laisser tenter aussi 😉 Sur le thème de la folie, je t’invite à lire La Cloche de détresse de Sylvia Plath, dont je publierai la chronique ces prochaines semaines.

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      1. Oui c’est ça!! Un roman écrit un mois avant le suicide de l’auteure. J’en parle bientôt sur mon blog, mais avant je lis son recueil de nouvelles. Et je me suis dit aussi qu’il fallait prolonger sur le thème de la folie en littérature (comme quoi!) !

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