LA LOUVE de Paul-Henry BIZON : CAUSE(rie)s révoltantes

Fine est la frontière entre investissement authentique, et blabla attrape-bobos.

 

IMG_20170721_190928_470

.

La Louve, 1er roman de Paul-Henry Bizon, n’est pas LE grand roman attendu par tous à la rentrée littéraire.

Et c’est sans doute pour cela que j’ai tenu à le lire.

Sans doute aussi car il y est question de conversion à la permaculture, de coopérative paysanne, de désillusion entre conservatismes et nécessité authentique de renouveau.

Ce roman est en effet atypique par plusieurs aspects : son contenu, son auteur; et l’articulation entre les deux.

.

IMG_20170721_191039_813

.

 

Paul-Henry Bizon nous narre l’histoire d’une famille installée dans un village pieux de Vendée, propice à l’entre soi et au qu’en dira-t-on.
Le père de Camille Vollot y avait créé un commerce de boucherie relativement prospère face au rouleau compresseur de la grande distribution.

Camille, l’un de ses trois fils, s’apprêtait à prendre la relève, lorsqu’un drame familial le détourne durement de cette « évidence ».

L’aphasie engendrée par ce traumatisme est désespérante, et Camille coupe les ponts avec sa famille. Seule reste son pilier : Victoire, sa fiancée si belle et enjouée.

.

IMG_20170721_191438_165

.

Au coeur de ce quotidien morose et étiré, Camille fait une rencontre salvatrice avec une Pierre Rabhi version bourgeoise, néo-rurale authentique et avant-guardiste sur la permaculture et l’agroforesterie.

Contre toute attente, Camille se passionne, s’investit et se reconvertit. Bien que son dévouement entre naïveté et optimiste doive faire face au « conservatisme » des paysans de son village.
Attachés au modèle productiviste des Trente Glorieuses, refusant d’en sortir, sans doute par peur de ce cercle vicieux; et représentés par…Romain Vollot le frère de Camille.

 

product_9782072727573_195x320

.

Les valeurs familiales et la reconstruction espérée du lien, devront en effet se confronter aux magouilles et baratins attrape-bobos de Raoul Sarkis : macho véreux et étroit d’esprit dont Bizon nous narre les frasques en parallèle. Ce financier qui réifie les femmes et marchandise les valeurs, fait preuve d’un opportunisme futé, autant que sa mégalomanie est folle.

Mu par la seule volonté de faire du profit en vue de laisser une trace, il va finir par investir dans la gastronomie – tendance attrape-bobo fauché par excellence- et surtout : dans une fondation écolo-culturelle.

.

IMG_20170721_190951_562
« Madame Figaro Cuisine »…

.

Camille, relativement sincère dans son investissement pour l’agroforesterie -méthode qui l’a guéri et pourrai sauver le monde- n’échappe pas à la naïveté quant aux motivations de l’homme d’affaires imposteur.

« Prêt à sacrifier sa vie » pour ses valeurs, il accepte de fournir la fondation en légumes, de s’associer à Sarkis, de lui laisser le champ libre…A ses risques et périls.

.

IMG_20170721_191015_916
Monsanto, l’enquête photographique de Mathieu Asselin : larmes, révolte et claque INCONTOURNABLE

.

J’ai trouvé le premier tiers quelque peu maladroit.

Le contenu m’a semblé relativement caricatural sur le renouveau paysan, le dégoût de la viande engendrant une conversion à la permaculture

Dès le début, la perspicacité de l’auteur est palpable.
Par exemple, sur le fait que les petits commerces soient relativement préservés dans les grandes villes grâce aux bobos qui se voilent de bonne conscience en ayant le souci de l’écologie et du social.

Mais j’ai trouvé cocasse qu’il raille ces troupeaux bobos, alors que ce 1er roman suit aussi avec facilité, la tendance de la conversion à l’agroécologie, d’individus qui se détournent de la viande pour s’ouvrir au monde des possibles.

.

IMG_20170721_190951_562

.

La construction rendait le récit peu prenant malgré les tentatives répétées de suspens, puis de chute (bonheur/drame).

Mais j’ai poursuivi la lecture car, à l’instar de Règne animal dont le style peut être exigeant et la lecture escarpée, j’avais bien sûr un attachement pour le contenu (écologie, permaculture, tendances actuelles), et je tenais à savoir comment un auteur qui participe à ce microcosme urbain générateur de « tendances » parfois vides de sens, pouvait dans le même temps les railler dans son roman.

.

IMG_20170721_191201_717

.

Car Paul-Henry Bizon est relativement sagace sur un univers parisien, bobo, que lui même côtoie.

Diplômé de la Sorbonne, il s’intéresse aux écosystèmes et tendances agricoles : intérêt retransmis dans les chapitres concernant la famille Vollot; quand son intérêt pour le design, l’architecture, les nouvelles tendances et mutations urbaines est palpable lorsqu’il narre les magouilles de Sarkis.
Ce dernier comprenant rapidement les lubies parisiennes, les citadins achetant tout autant de gros meubles de designers en vue, que des produits artisanaux dans des petites adresses incontournables.

.

IMG_20170721_191417_924

.

Bizon charge à raison l’impasse du modèle productiviste, et du cercle vicieux écologique, humain, agricole et social auquel sont menottés la majorité des travailleurs de la chaîne alimentaire.
Un cycle de production à réinventer, mais victime desdits conservatismes (humain et normatif) et peur face à tout changement de long terme.

Lors de réflexions sur le Bien et le Mal, les structures français ou les modèles institutionnels, la formation Sorbonnienne de l’auteure porte le récit.

.

IMG_20170721_191234_830

.

 

Fort de ce bagage et de la connaissance des rouages des sphères parisiennes et agricoles, le 2ème tiers du livre est bien plus prenant.

Et à la lecture, l’on ne peut s’empêcher de faire le parallèle entre ce projet de fondation éco-culturelle et le projet auquel a largement participé l’auteur : La Jeune Rue.

.

IMG_20170721_190829_654

.

Bizon est encore une fois lucide sur les paradoxes et faiblesses d’un faste dont il fait partie.
Sincèrement intéressé par les nouvelles tendances, comme ici les « nouveaux usages de la table » ; il n’en reste visiblement pas moins un concepteur bobo-friendly, à la pointe du design et des mondes des possibles.

.

IMG_20170721_190928_470.jpg

.

A vrai dire, cette partie est une claque, tant l’auteur nous montre à quel point ce microcosme nous prend pour des c**s.

Elle articule l’investissement de Camille et les magouilles de l’équipe de Sarkis : et met en exergue la finesse de la frontière entre motivation authentique envers des valeurs écolos; et récupération profitable et attrape-bobos de ces arguments émotionnels, éthiques, sociaux de l’authenticité paysanne et du bon produit.

Quand on ne peut distinguer l’authenticité, du blabla; la confiance part à vau-l’eau.

.

IMG_20170721_191217_015

.

L’année dernière, j’avais également commencé mes lectures de la rentrée littéraire sur un ouvrage cynique envers la bobohitude, et je m’étais demandé comment faisait l’auteure pour continuer à vivre dans ce milieu!

Comment fait P.H Bizon pour continuer à évoluer et faire partie de cette tromperie permanente?
De cette instrumentalisation des valeurs? De ces projets et individus que le besoin de reconnaissance rend près à toutes les vanités et artifices ?

.

IMG_20170721_191140_363

.

 

Pourtant, comme le nuance ce livre, certains membres de ces projets humanistes sont authentiquement investis, et veulent faire évoluer les choses bien plus que laisser une trace.

.

IMG_20170721_190928_470
Cliché type

.

Mais après avoir lu La Louve, vous ne verrez plus les articles Lifestyle, les adresses de niche, les boutiques et restos dits incontournables ou les prescriptions des influenceurs de la même manière !

IMG_20170721_190829_654

 

Ces derniers prouvent que la réputation des projets attrape-bobos s’entretient grâce à la part de voix : même vides, plus on en parle, plus il devient attrayant et entretient une demande.

.

IMG_20170721_191057_412

.

 

J’ai reçu une claque salvatrice en lisant ce livre, alors que je vis dans une petite ville, ne suis pas ces influenceurs, et ne lit pas leurs prescriptions in-con-tournables.

J’imagine l’effet que cela ferait sur un(e) parisien(ne) adepte des petites adresses en vue, car il/elle ne réalise par les magouilles et le manque d’authenticité qui se cachent derrière, et fait confiance à cette part de voix !

Hâte de savoir ce que FR Gaudry ou Arnaud Daguin (n’est-ce-pas lui dans le livre, d’ailleurs?) en pensent !…

.

IMG_20170721_190951_562
fines bouches

.

Un roman sociétal bien articulé, dont on finit par s’attacher aux personnages éclectiques, et qui permet une bonne prise de recul face à ce que nous vante les concepteurs et rédacteurs lifestyle…dont l’auteur fait partie !

.

IMG_20170721_191122_601
SORTONS de ce modèle productiviste qui est un DRAME humain

Sortie le 31.08.2017

Publicités

Une réflexion sur “LA LOUVE de Paul-Henry BIZON : CAUSE(rie)s révoltantes

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s