« C’est le coeur qui lâche en dernier » de Margaret Atwood

Après La Louve (article ici), je me suis plongée dans le dernier livre de Margaret Atwood : C’est le cœur qui lâche en dernier !
On y retrouve d’ailleurs faux-semblants, Pyramide de Ponzi et autres façades!

On retrouve, comme dans La servante écarlate : l’extrapolation oppressante de nos travers humains; la servilité, la réification du corps, ou l’eugénisme.

C’est le cœur qui lâche en dernier sera sans doute ici ou là qualifié  de 1984 contemporain ; et son auteur de LA Georges Orwell du 21ème…

Charmaine et Stan, à peine lancés dans leur vie de couple, se voient débauchés du fait de la ravageuse crise économique, qui touche surtout l’Est des Etats-Unis.

Ayant tout perdu, ils (sur)vivent dans leur voiture grâce aux petits sous de Charmaine; serrés, sales et à cran.

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Avez vous lu « La servante écarlate »?

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Alors quand ils découvrent le Projet idéal des villes jumelles Positron/Consilience : ils sont prêts à tout accepter pour ne plus vivre dans ces conditions et avoir enfin la vie qu’ils méritent, digne de ce nom :

« Fatigué de vivre dans votre voiture ? Quel sourire compréhensif! Bien entendu ! Ce n’est pas ce que vous attendiez de la vie. Vous aviez d’autres rêves. Vous méritez mieux ».

Avec le projet Positron, nous vous offrons le plein-emploi, mais aussi une protection contre tous les dangereux éléments qui affectent tant de monde ces derniers temps? Contribuez à résoudre les problèmes de la nation en matière de chômage et de criminalité tout en réglant les vôtres ! »

Un grand bonheur..

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Après sélection des participants, le Projet Positron consiste en effet pour ces derniers, à passer un mois en civil, et un mois en prison. Et ce pour juguler chômage et criminalité (car, au fond..: au moins un individu sur deux a un penchant criminel, non..?).

L’objectif est de résoudre les maux et déviances touchant nos sociétés contemporaines, en atteignant « un maximum de bonheur possible ».

Comment résister à cette promesse de confort de vie, d’ « objectif commun partagé » pour « contribuer au bien-être général », quand on a connu la peur, la faim, l’exclusion sociale?

Charmaine est sé-duite ! Elle respire l’allégresse, le talc et la candeur !
Stan est moins dupe, mais blasé car ce Projet sera toujours moins pire que la dévalorisation qu’ils ont vécue à l’extérieur.

 

« Dans leur désespoir, les gens étaient prêts à gober tout ce qui pouvait les galvaniser« .

 

Quel confort de vie au fil des mois, quelle dignité reconquise, quel plaisir de retrouver un poste à la hauteur de ses compétences; de dormir dans des draps propres et de pouvoir se cuire des œufs pochés chaque matin !

Quel progrès ! La direction répète d’ailleurs aux membres que l’ « index de satisfaction » de cette « vie idéale » est au plus haut !

 

CONSILIENCE = CONDAMNÉS + RÉSILIENCE : un modèle de référence pour les villes futures !

Quelle félicité pour Charmaine, aux petits soins pour Stan et leur habitat partagé !

Car en effet, chaque habitant de Consilience se voit attribuer un Alternant, occupant la maison et utilisant les effets « personnels », quand le premier est à la prison de Positron.

Aucun contact avec l’Alternant n’est autorisé.

Mais Stan tombe un jour sur un de leurs mots doux, qui va agiter ses projections fantasmées.

Car cette ville/prison devenue ville-prison, où les habitants évoluent en cercle fermé, débride étonnamment les esprits et l’imagination  : entre fantasmes, pensées macabres et paranoïa.

Peut-il imaginer ce qui se cache vraiment derrière ce billet?

Ce roman est construit comme un thriller psychologique, avec des personnages lobotomisés.

Margaret Atwood joue avec ce que le lecteur croit savoir des personnages, comme les personnages se manipulent entre eux.

Ces derniers sont tellement lobotomisés, que le milieu du roman produit vraiment des longueurs aliénantes.

A force d’être dans cette servilité tout sauf digne, se dire que quoi qu’il se passe à Positron « ce sera forcément bien », car « il y a des choses auxquelles il vaut mieux ne pas penser » ; les habitants intériorisent cette violence morale.
Car toute surveillance n’empêche pas les déviances et le besoin d’exutoire quand il n’y a pas d’échappatoire.

D’ailleurs, que deviennent les indésirables?

Derrière le titre se cache une réponse à cette question, et surtout des révélations sur les membres insoupçonnables de Consilience.

Ce roman flip-pant nous fait rire (jaune), et réfléchir sur : la servilité et l’esprit humain prêt à s’accrocher à tout pour avoir une vie « digne » ; les objectifs de l’enfermement et les implications de la prison ; ou encore la manipulation des aspirations individuelles :

Mais finalement…que voulons-nous?

Que met-on derrière l’idéal de bonheur?

La sécurité? ou la liberté? 

Entre Positron & le monde extérieur;
et entre : la sécurité des relations cadrées, quotidiennes et contenues & la manipulation inattendue des relations insoupçonnables :
S’établit la même ambivalence; les mêmes étincelles et questionnements entre deux univers :

Qu’est ce que l’accomplissement? Qu’est-ce qui est un idéalisme ou une façade insoupçonnée?

 

Cet embrigadement inhumain n’échappe pas aux déviances humaines.
Cette façade parfaite n’échappe pas aux perturbateurs et dénonciateurs internes et externes.

Stan va ainsi se voir chargé d’une mission qu’il lui serait périlleux de refuser, face à la dérive de ce Projet qui n’est bien sûr pas plus humanitaire que caritatif.

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En librairie le 17.08.2017

Pensées feuillues !


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