Le syndrome du pipi sous la douche

Depuis quelques temps, sur les réseaux sociaux, je vois fleurir les articles et/donc questions (timides) sur le fait de faire pipi sous la douche.

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Alors que nos parents nous ont dit que c’était mal de le faire, car pas propre ;
des plateformes écolo ou des applis comme 90 jours nous incitent à le faire : car en utilisant moins d’eau, on soulagerait la planète et la rendrait plus propre.

Ces différentes approches illustrent la vacuité des notions de Bien et de Mal, de bon et de mauvais comportements.
Et surtout que la légitimité que l’on accorde à certaines pratiques, dépend du système de valeurs auquel on se réfère.

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Selon notre groupe de référence : de société, de valeurs, d’appartenance; la qualification d’un acte diffère.

Cela se ressent particulièrement lorsque l’on veut embrasser plusieurs causes, qui parfois s’entrechoquent.

D’où la culpabilité engendrée par les dilemmes, la fatigue morale d’avoir l’impression de vouloir concilier ces causes louables ; et, donc, le besoin de nuancer.

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Ayant une sensibilité éthique (écologie, anti-gaspi, droits des animaux) depuis plusieurs années, je n’ai commencé à la mettre en pratique qu’avec mon blog et mon ouverture à la cuisine végétale.

Devenir végéta*ienne a ouvert plein de portes.

Déjà, cela se fait (je suis végétalienne en ce moment, mais « ne jamais dire jamais » car on ne sait pas ce que la vie nous réserve et je n’aime pas trop les étiquettes) non sans heurts, car pour certains groupes de références c’est le bon choix; pour d’autres c’est le mauvais choix.

Jamais on se dit que c’est juste mon choix.

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Je visualise le cheminement réalisé depuis que je m’ouvre à la cuisine végétale/tout bio, etc; comme le fait de mettre le petit doigt, et ne pouvoir s’empêcher de mettre le bras, le corps, le coeur entiers.

 

On le sait, cela commence avec « pourquoi  végétarien, et non végétalien si tu le fais pour les animaux/la planète, etc? »

« Pourquoi continuer à produire trop de déchets, alors que tu souhaites préserver l’écosystème et la biodiversité? »

« Si tu te préoccupes des droits des êtres sensibles, de l’égalité, des injustices; de la pollution et des droits sociaux : pourquoi continuer à cautionner la fast-fashion? »

Ces raisonnements sont autant entendus, qu’intérieurs à mon esprit (Jeaaanne?). Ils sont cohérents, et légitimes. Mais ne peuvent aller sans tempérance, au risque de perdre pied.

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Le problème de nos différents groupes de référence est donc qu’ils puissent entrer en contradiction.

Par exemple, en même temps que je souhaite m’investir dans la préservation de ce(ux) qui nous entoure(nt) ; je me rends compte que mon (futur 💛) métier est très polluant.

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Entrent en contradiction le fait de produire moins de déchets; d’utiliser le moins de substances nocives possibles; de ne pas gaspiller
…Avec la volonté de faire circuler des idées, de donner accès à la culture, de diffuser le plus possible la lecture.

Je réalise que les petits pas pour produire moins de déchets dans mon quotidien; sont annihilés par le système de fonctionnement du métier de libraire.

En magasin,  certaines contraintes pratiques empêchent un recyclage optimal; nous recevons trop de goodies, de catalogues et de papiers.

Et je désespère de savoir qu’en bout de chaîne, des livres sont détruits parce-que c’est plus économique que de les garder en circuit…Et ne me voile pas la face quant au recyclage du papier : les initiatives émergent, s’implantent; mais ce système gaspille beaucoup d’encre et de papier, souvent non recyclables ou certifiés FSC.

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Même si, ne croyons pas que le numérique pollue moins que le papier !

Mais l’idée n’est pas de se dire que tel système fait mieux qu’un autre; mais de réaliser la pression et les contradictions d’appartenir à plusieurs logiques référentes.

Diffuser les livres, serait bien ; engendrer tant de déchets mal gérés, serait mal.
Faire pipi sous la douche serait sale pour la famille; propre pour la planète.

Bien/Mal pour qui, en vue de quoi?

 

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Ainsi, il me semble que le filtre des réseaux sociaux s’appuie sur cette différence de légitimité de telle pratique, selon tel public ou groupe de référence.

Comme si l’on avait quelque chose à prouver.

On va montrer à tel public que l’on produit et diffuse en masse la culture sous forme de livres.
Et à un autre public de vie, que l’on a acheté un shampoing solide, une brosse à dents en bamboo; ou upcycler toutes ses chutes de papier pour en faire des blocs-notes.

Montrer le bien, le légitimé à un référent qui a telles valeurs;

Cacher ce qui sera délégitimé ; voire engendrera déconsidération, culpabilisation et rejet de l’étiquette qu’on nous a apposé, car cela ne correspond pas à la cause défendue ici.

Cacher le quotidien.

Cacher les petits riens qui font notre tout.

Cacher ce qui n’a pas encore été atteint par notre volonté de mieux faire.

Cacher ce qu’il y a de tempérance en nous

Ne montrer que l’excellence, les actes légitimés.

Comment obtenir de la reconnaissance, si l’on est dans la banalité de la nuance?

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Pourtant la cause que l’on défend ici, c’est à dire partout, n’est-ce pas vivre? En harmonie et en se respectant les uns les autres? Dans notre nuance et la rondeur de nos imperfections?

Est-ce être illégitime que de vouloir porter plusieurs causes, et de réaliser dans son tous-les-jours qu’elles peuvent ne pas s’entendre? Ça me semble plutôt humain, généreux et nuancé.

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Nombre de personnes nous donnent à voir qu’elles parviennent à concilier diverses causes, dans un esprit apaisé et un quotidien sans vraies contraintes.

Tant mieux !
Mais pour celleux qui sont dans le tourbillon de la vie et l’agitation des sollicitations : est-ce mieux de donner son énergie restante à une seule cause, pour la soutenir vraiment; ou de se consacrer à plusieurs, pour plus de cohérence?

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Encore une fois, aucun jugement de valeur n’est à donner dans un cheminement existentiel, par définition personnel.

Mais pour ma part, je tiens à m’ouvrir à des gens qui ne pensent pas comme moi.
A me lover dans des groupes humainement imparfaits, des discussions pleines de prise de recul, à mettre mes petits pas dans un chemin un peu maladroit.

Car au bout du compte, on soutient plus solidement une cause en étant apaisé et conscient que la perfection est insaisissables (heureusement!) ; qu’en étant tiraillée entre cette dernière et la culpabilité 🙂

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8 réflexions sur “Le syndrome du pipi sous la douche

  1. En fait, dans mes souvenirs, l’article était beaucoup plus étoffé que cela. Ma tête a beaucoup extrapolé.

    Je me suis beaucoup remise en question, suite à la lecture de cette article, qui avait commencé bien avant (notamment en thérapie). Cela vient ébranler les bases de ma personnalité…

    « Est-ce mieux de donner son énergie restante à une seule cause, pour la soutenir vraiment; ou de se consacrer à plusieurs, pour plus de cohérence? » Je dois apprendre à pouvoir nuancer, à pouvoir me consacrer à plusieurs causes et ne pas être « extrême » dans une seule qui m’est néfaste.

    Merci vraiment pour cette prise de conscience.

    Mon psy a tenté de mainte fois, je suis restée fermée. Vraiment merci.

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