«Pêcheurs d’hommes» d’Eric Valmir

Dans son troisième roman, le reporter au cœur italien, nous fait prendre de la hauteur avec intimité.

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Avec l’acuité fougueuse des jeunes années, Niccolo mêle ses doutes et souvenirs de jeunesse, sur une île de plus en plus définie par l’arrivée des migrants; et l’ambiguïté universelle des destinées.

En effet, Niccolo vit à Lampedusa ; dont les poumons sont la pêche et le tourisme.. Mais essoufflée par un enjeu migratoire qui dépasse une île si petite qu’elle ne figure pas sur les cartes.

Lampedusa c’est Capo Grecale ; c’est vivre et se forger au rythme des saisons; c’est l’initiation à ciel ouvert.

Mais de plus en plus, Lampedusa c’est la charnière entre l’Afrique et l’Europe vers laquelle dérivent ou échouent les migrants dans des barques de fortune.
L’île du début et de l’avortement des espoirs.

.

Si Niccolo est habité d’humanité, il ne veut pas l’être de désespoir. Alors il s’enivre de balades à vélo sur les falaises lumineuses de l’île.

Pour échapper à cette maison dans laquelle la dévastation du père a imposé un silence de mort.
Car il n’était pas formé pour être pêcheur d’hommes. Sauveur de doudou piégé dans les mailles du filet.

Moins pour donner un sens à son existence insulaire que par authentique volonté de s’engager; Niccolo s’investit dans le quotidien de l’île.
L’adolescent pétri de contes et histoires, s’engage pour des causes qui, de l’écologie au social, glissent vers le politique.

Mais que faire, à 15, à 20 ans face à des gestionnaires politiciens et des médias réducteurs?

Face au déferlement de nombres qui  pourtant restent humains.

Natif d’une île dont on a trop vite oublié la double culture originelle -musulmane et chrétienne- Niccolo voit son désarroi grandir en même temps que lui.

Aimer, étudier, se construire un avenir, se définir :
comment y parvenir alors que son île résonne d’une détresse tissée entre deux continents ?

Le journaliste appuie, entre intime et universel, le désarroi révolté que créent les raccourcis médiatiques et l’hypocrisie politique.

Les insulaires, en prise quotidienne avec la réalité des naufrages.

Desbateaux délabrés débordant d’humains et d’inhumanité.

Dans leurs yeux embués ou désabusés, l’on éprouve sensiblement l’évolution de la crise migratoire.
Ses racines et ses répercussions.
Hors du filtre médiatique, et avec l’ampleur de ceux qui n’ont rien à en retirer; on remet la situation en perspective.

Un peu. Et c’est déjà précieux.

Moins que nous faire larmoyer avec pathos sur un sujet bien trop crucial et sensible pour être traité par un seul livre; celui-ci tend à nous faire prendre de la hauteur en témoignant des réalités du terrain. Aborder le quotidien désemparé des insulaires permet de recontextualiser un universel souvent trop étriqué.

«Intervenez pour que cela ne se reproduise plus au lieu de construire des mythes auxquels plus personne ne croit; et dont la forme ne s’épanouit que dans une lucarne de télévision».

Est-ce la « thématique sociétale » ou l’approche à hauteur d’Homme..En tout cas j’ai été happée par ce livre. Car j’apprécie les lectures qui, mêlant intime et universel, permettent de mettre en perspective les enjeux de société, m’enrichissent et n’oublient pas la tempérance.

Eric Valmir - Pêcheurs d'hommes.

Bien que la perspective humaine de ce récit permette d’en nuancer les points de vue; reconnaissons qu’il est écrit par un reporter de France Inter. Et que j’ai utilisé Libération en arrière plan ; tout deux des médias à gauche.

Vous avez lu des livres d’Eric Valmir?

Pêcheurs d’hommes d’Eric Valmir*, chez Robert Laffont

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