Dans ma liseuse : « SÉROTONINE », le dernier roman de Michel Houellebecq chez Flammarion. Agro-industrie, empathie et goujaterie.

J’ai lu le livre de celui qui dit ce qu’il pense.

Mais dont on ne sait pas s’il le pense.

 

Comme cet article entre en dissonance avec celui sur la diversité éditoriale, publié entre temps !
mais plus que le livre en lui-même : c’est le plaisir que j’ai éprouvé à le lire en me détachant des sur-interprétations et présupposés, portée par mes attentes de lectrice et une lecture plus sociale que littéraire.

 

séro

 

Les Houellebecq sont des romans prêtant à de telles effusions que l’on se protège des avis publics et critiques littéraires avant de s’y plonger;
et que l’on potasse le dictionnaire des synonymes une fois terminés :
afin que sa propre critique sortent du flot

que ce nouveau roman ne manquera pas de provoquer.

Les Houellebecq sont si clivants qu’en plus d’en ressortir retourné,
l’on ressent parfois le besoin de se justifier d’en avoir lu. 

Ce ne fut pas mon cas, car je l’ai lu avec autant d‘intérêt et de détachement, que je ne comptais pas le faire.

Car avec Houellebecq, on ne sait jamais si c’est du lard ou du cochon.

Ça tombe bien me direz vous, Sérotonine traite -entre autres -de la crise agricole.

🔹🔹

 

L’apprentie libraire que j’étais avait été tellement « traumatisée » de découvrir le phallocentrisme et l’impertinence politique de Houellebecq, via son roman Plateformes; que cette fois, je savais à quoi m’attendre.
Mais surtout :  je n’avais pas d’attentes.

Houellebecq souscrit-il ou dénonce-t-il les propos qu’il prête à ses narrateurs?…

Je savais que j’allais trouver des abjections sur le sexe, les femmes ou les étrangers :
si certains m’ont toujours gênée, j’ai choisi de ne pas m’offusquer du reste
:
je ne lisais pas ce livre dans l’intention de me faire une opinion sur les passages phallocentrés, zoophiles ou porno.
Avec quelques années de plus, et sans prêter attention aux critiques suscitées, j’ai abordé ce livre d’avantage par son sujet, que par celui du « personnage Houellebecq » .

Ce relatif détachement dénué d’attentes m’a permis d’aborder ses propos au 2nd degré.

Ce que je n’avais pas du tout pu faire avec Plateformes.

Aurais-je dû ?

Je pense que la question n’est pas là.

Ou plutôt, est-elle entièrement là, puisqu’il s’agit de Houellebecq…

Quoi qu’ il en soit, je pense qu’il n’était pas judicieux de découvrir cet auteur par ce livre sur le tourisme sexuel et le terrorisme, à 20 ans.

Cette fois, j’ai choisi de ne pas prendre au pied de la lettre des propos aussi graves que drôles.

🔸🔸🔸

 

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Le Robert : [romanesque : qui offre les caractères du roman traditionnel : poésie sentimentale, aventures extra-ordinaires]

Ce livre -plus que les autres?- fait s’interroger certains sur l’appartenance de Sérotonine au genre du roman.
« Comme si le réalisme du roman lui avait fait perdre son statut de fiction » * .

S’il n’a pas ce côté romanesque  ; il s’agit pourtant bien d’un roman (oeuvre d’imagination en prose, assez longue, qui présente et fait vivre dans un milieu des personnages donnés comme réel; fait connaître leur psychologie, leur destin, leurs aventures) car il nous donne à voir :

Florent-Claude, 46 ans, ingénieur agronome en phase dépressive; qui organise sa disparition volontaire, afin d’échapper à une concubine japonaise qui l’écœure autant que son boulot au Ministère de l’Agriculture.  

Entre fuite volontaire et léthargie dépressive, cette errance est l’occasion pour le narrateur, de se remémorer sa vie d’avant à travers ses boulots, ses amitiés et bien sûr, ses partenaires. Et de constater s’il en fallait, la déliquescence de ses relations, comme du modèle agricole.

Des commémorations relationnelles qui placent le narrateur entre empathie et goujaterie; au travers de réflexions mêlant romantisme éthéré et abjections phallocentrées.
« A la Houellebecq » !

sérotonine
{Sagace :qui a l’odorat subtil.                     [sagacité : « pénétration (au sens houellebecquien ? 🙈) faite d’intuition, de finesse (eum, eum) etde vivacité d’esprit « … au point d’être visionnaire ?…]}

🔹🔹

Puisque cet article sera une énième chronique sur le sujet, je ne vois pas l’intérêt de cacher ce que j’ai éprouvé spontanément, sous prétexte de bienpensance ou de perplexité : j’ai eu un certain plaisir à lire Sérotonine, qui
m’a fait rire par les propos qui rendent Houellebecq si …atypique. On ne peut pas dire que ce soit bien écrit : mais la platitude du style ajoute à ce flegme qui le rend drôle).
déchiré le ventre par la réalité qu’il peut décrire (dérives de l’agro-industrie, détresse humaine)

Je pense qu’en cela, « mordant » est un adjectif qui convient bien à Houellebecq, en ce qu’il comprend des propos tout aussi drôles, que piquants et caustiques.

 

🔹 Enfin, surtout la première moitié :
si le style à la fois « plat » et « piquant » de l’auteur a un certain relief réflexif et humoristique de prime abord;

dans la pente glissante de la 2nde moitié du livre, celle où Houellebecq « augurerait » une révolte populaire : les longueurs sont plus plombantes que drôles, et l’incontournable sujet du sexe prend des tournures inutiles sinon écœurantes (femmes, enfants).

🔹

Houellebecq met les pieds dans le plat par sa manière déroutante d’aborder un sujet contemporain central. Et propose un roman qui
dans son ton, fait un pas de côté des codes de la société ;
et a pourtant les deux pieds dedans par son contenu.

Les  dérives de l’agro-industrie libérale constituent en effet le sujet qui m’a je pense, donné envie d’ouvrir Sérotonine alors que je n’en avais pas l’intention. De même que les connaissances de l’auteur.

Houellebecq truffe en effet son roman de références historico-culturelles; ou à la vie ordinaire.
Mais surtout, il complète ici sa documentation, par sa formation scientifique. Comme Florent-Claude, Houellebecq a un diplôme d’ingénieur agronome.

Source : dossier spécial le 1

🔹🔹

🔹Mais vous pensez bien, il n’est pas question que des divers strates de déliquescence de l’agro-industrie dans ce roman.

On y retrouve bien sûr le triptyque « bite- être -âme« …

Ou, pour être plus politiquement correcte que cette association -que j’ai tirée du roman (Houellebecq par lui-même en trois mots..!)  : de sexe (voire d’amour), de destinées, de réalisme sociétal et de ..pragmatisme relationnel ?

Enrobé toujours de prises de position très Houellebecquiennes sur les étrangers, le capitalisme et la société libérale, les classes moyennes, les rapports hommes-femmes ou les classes moyennes.

Mais -merci le 2nd degré? je n’ai pas trouvé de mépris dans celles-ci. Déphasé de la goujaterie, on trouve de l’empathie sociale dans ce désarroi tragi-comique.

Et -une fois grattée l’impertinence– les réflexions sur la réalité de l’époque qui va et qui vient, me sont souvent apparues pertinentes.
Malheureusement.

Une concubine libertine + Un boulot aliénant =  Un anti-dépresseur…          auquel il faut reconnaître une certaine attractivité

L’absence de complexité stylistique et le style flegmatique, rendent accessible à tout lecteur une réalité qu’il ne s’agit plus d’ignorer.

 

🔹 Intéressée comme je le suis par les romans traitant d’enjeux de société et de personnages à la marge,
je n’ai pas lu ce Houellebecq pour interpréter ses propos misogynes ou racistes ; ni pour la qualité de son écriture :
mais pour le sujet traité (comme j’avais pu le faire avec La louve), criant et nodal de nos jours, en plus d’être maîtrisé par l’auteur.

Qui donne ici la parole à une sorte de Naomi Klein nihiliste.

🔹🔹

Comme je tiens à ne jamais juger ce que je ne connais pas : cela m’a fait du bien de braver ma perplexité, mes préjugés et les multiples interprétations sur Houellebecq, avec une lecture spontanée.

Puisque cet auteur fait polémique, par des propos dont on ne sait si c’est du lard ou du cochon : autant le lire avec détachement (…), en faisant fi des a-priori et avis des autres; afin de se faire sa propre opinion de ses livres déroutants car a-typiques;
humains trop humains.

 

Enfin essayer de.

🔹🔹

 

🔹 Quoi qu’il en soit, si vous souhaitez lire Sérotonine, n’oubliez pas qu’il ne sera pas plus cher chez votre libraire car le prix du livre est le même partout 📚
Car vous savez-quoi ? au-delà de ce que l’on pense de cet écrivain surinterprété, je suis contente que le succès de son livre ait pu amener des gens en librairie,
car ça me déchire le cœur de savoir que le mouvement social actuel profite aux grandes plateformes de e-commerce.

Mouvement social qui selon moi n’est pas celui décrit par Houellebecq dans un livre que d’aucuns qualifient de prophétique.
Qu’un intellectuel, ancien ingénieur agronome; augure un ras-le-bol d’agriculteurs asphyxiés ou de classes moyennes essorées : cela est moins une prédiction visionnaire que logique.

🔹🔹🔹

🔹 »Pour aller plus loin  » :

*J’ai trouvé cet entretien d’une « universitaire Houellebecquienne » (…) assez pertinent.

Cet échange intéressant : Houellebecq, un « écrivain social », mais pas visionnaire ou de style

Et oui, cette émission aussi; bien sûr.

 

🔹 Quant à moi, je vous partage d’autres émissions ici et vous parle aussi lecture là 😉

 

Belles lectures !

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