Concilier mode et écologie ? Défi rien de neuf, consommation raisonnée et plaisir d’être soi!

Je crois bien que j’aime la mode.

J’aime la mode en ce qu’elle a de culturel et non d’opprimant.
D’émancipateur et non de carcan.

Cet air du temps révélateur des « goûts collectifs » et de la « manière de vivre » d’une société donnée*.
Plus que la tendance normative  « conforme au goût qu’il est de « bon ton » *de suivre.. au risque de se voir socialement dévalorisé.

*d’après les définitions du Robert

 

J’aime la mode en ce qu’elle met en valeur des savoir-faire typiques d’une société donnée et d’une culture locale.
Et non les engouements consuméristes qu’elle provoque ; à l’origine d’exportations et de délocalisations  dévastatrices au plan socio-environnemental.

J’aime la mode pour les libertés qu’elle permet d’exprimer ;
et non les droits qu’elle en vient à réprimer.

🔹

J’avais adoré au lycée faire mon TPE sur l’impact des contextes de crise sur la silhouette féminine, au XXème siècle.

De quelle situation partait la mode féminine avant les guerres, et donc ce qu’elle révélait de la situation des femmes. Puis quelles évolutions les crises, guerres et contextes socio-économiques avaient entraîné sur leur statut et leur relative émancipation sociale, économique et donc vestimentaire. Et enfin, quelles conséquences plus ou moins marquées ou progressives ces changements avaient pu avoir quant au passé, au présent et à l’avenir… Puisque « la mode est un éternel recommencement », s’inspirant d’hier pour imaginer demain, et surtout représenter aujourd’hui. Et  l’air du temps vestimentaire a toujours été un (f)utile révélateur des représentations, aspirations et organisations des sociétés.

Et quel plaisir de se (re)plonger dans l’élégance émancipée des tenues de la seconde moitié du 20ème, que ce soit au cinéma, au musée ou dans les livres !

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🔸 Le renouvellement des collections fait de la mode une réappropriation permanente de l’avant, par le maintenant.

Mais la relative liberté d’évoluer acquise par les silhouettes, s’est accompagnée d’une liberté de consommer. Dans ces mêmes décennies que le contexte d’après-guerre rend charnières : où se côtoient besoin d’émancipation, et attachement au raffinement élégant ; haute couture et prêt à porter naissant.

Ainsi, aujourd’hui suivre la mode serait devenu plus accessible, car des vêtements de moins bonne qualité, dont nous n’avons pas tant besoin sont vendus à un prix moindre (suffisamment pour révéler les faibles rémunérations de ceux qui l’ont fabriqués ; mais toujours trop chers pour leur qualité).
Mais au prix de ravages industriels, économiques, et bien sûr socio-environnementaux.

Et tant que nous ne remettons pas en cause le relatif confort, qu’une consommation non-questionnée nous apporte, nous contribuons/avons tous contribué à ces dommages.

🔸🔸

Alors est-il possible de concilier goût de la mode et préoccupations environnementales ? soucis de son apparence et de la planète? Affirmation de son style, et choix responsables?

Oui, mais à condition de questionner ses aspirations, pour rationaliser ses choix; et ainsi refuser une consommation fast de la mode. Dont les dégâts socio-environnementaux sont aussi forts, que restera vide ce manque que l’on cherche à combler par la consommation.

Car la fast-fashion fulgurante ce n’est pas s’épanouir en exprimant son style, ou prendre le temps de choisir des pièces de qualité qui représentent l’air du temps avec élégance. C’est céder sans confort à la pression sociale, ou combler sans bonheur un vide pour lequel la consommation n’est pas le remède.

L’idée n’est donc pas de moraliser, ou d’avancer qu’en 2019 il n’est pas possible d’aimer la mode et de se préoccuper de ce(ux) qui nous entoure(nt) : bien au contraire !

Raisonner sa consommation permet de ne plus souscrire à une mode frénétique, qui n’apporte pas le même bonheur plein et authentique que de trouver le style qui nous correspond, au travers de pièces de meilleure qualité (éthique et de matière).

Voici quelques pistes (f)utiles !

Brochure : extrait du livre « La robe » de Vigarello

🔸🔸🔸

🌿 Rien de neuf en 2019 !

Pour mieux comprendre cet article, je vous invite à lire celui-ci : où j’ouvrais mon cœur de beurre sur les raisons qui m’ont encouragée à suivre ce défi collectif. Et m’ont fait l’intégrer à mes habitudes de consommation tant il m’apporte sur le plan personnel.

Le défi rien de neuf, lancée par Zero Waste France en 2018 consiste à s’engager à chercher une alternative à l’achat neuf lorsqu’un besoin/envie pointe son nez. Et ce afin de donner une seconde vie aux objets déjà en circulation, éviter de peser d’avantage sur les ressources, faire des écolonomies ; et par là consommer moins mais mieux (alternatives à l’achat ; ou achat éthiques, soutien à l’économie locale et aux initiatives engagées).

Pour cette nouvelle année, le défi rien de neuf veut voir plus grand ; avec  (un livre !), de nouveaux ambassadeurs, une campagne pour encourager de nouveaux participants, et un site enrichi (espace personnel, etc). https://riendeneuf.org/

Des achats de seconde main; qui permettent lors d’achat neufs de soutenir des marques engagées (t-shirt hirondelle en lin La Révolution Textile) ou locales (jupe galaxie : pièce unique faite à la main en Bretagne, Creaty Breizh)

 

🔹🔹🔹

Mon petit cœur se remplit toujours d’une joie émue quand je réalise –à chaque fois- à quel point je trouve, avec les achats d’occasion, un bonheur que ne m’offraient pas les achats neufs en magasin.

Il y a la satisfaction authentique d’une consommation en accord avec mes valeurs, bien sûr : un choix responsable (questionner ses besoins, puis consommer « moins mais mieux ») pour des achats écolonomiques (ex : donner une seconde vie à des hauts en lin, et pour bien moins cher) qui ne participent pas d’avantage à l’épuisement des ressources et aux conflits géo-stratégiques que leur maîtrise engendre.

T-shirt en lin et jupe de seconde main (ça riiiime)

Et il y a aussi le fait de pouvoir m’exprimer à travers des tenues, et donc une image qui correspondent à mon style.

Car la mode est un révélateur parmi d’autres des tendances conformistes de la société, traduction de la peur de ce que l’on ne connait pas ou qui n’est pas comme soi.
Donc souscrire la fast-fashion c’est « rentrer dans le moule ».

Hors j’ai un gabarit hors-« normes »; et je ne me suis jamais sentie bien à me conformer aux tendances.

Donc je ne suis à l’aise ni dans les magasins standards ; ni dans les vêtements aux coupes « normales » car normées;  et encore moins dans les implications socio-environnementales de la fast-fashion.

Alors à présent, les achats de seconde main sont mon premier réflexe : non par ascétisme écolo; mais parce-que ce que j’y trouve me correspond bien mieux (style et écolonomies).

 

t-shirts en lin de 2nde main

« La seconde main, c’est ringard » ?

Non, c’est juste le plaisir de donner une seconde vie à des vêtements vendus moins chers qu’en magasin : é-co-lo-nomies vous dis-je !

En faisant le choix des vêtements de seconde main j’ai le temps de choisir parmi une offre tout aussi (voire plus!) large, les pièces qui me correspondent. Et non la contrainte malaisante de me conformer aux tendances  aussi éphémères que leurs normes peuvent être frustrantes.

J’utilise Vinted car depuis 20 ans, je ne trouve rien qui me plaise dans la boutique d’occasion de ma ville.
Quand j’étais plus jeune, j’utilisais Vide-dessing, où la moyenne des prix est plus élevée car on y trouve plus de pièces « haut de gamme ».
Sinon, j’ai pu trouver de jolies pièces chez Ding Fring ou dans les vide-greniers (le lien social toussa toussa) !

Imprimé tweed : pantalon de seconde main

Alors il y a la particularité de ce site que je ne m’explique pas : c’est qu’à chaque fois, je trouve un vêtement dont la coupe, le style, l’imprimé (des plantes et des animaux ! 👌) me correspondent : et qu’en plus il me va toujours !
Je trouve enfin des pantalons à-ma-taille (et imprimés !)

Car les seules marques proposant des pantalons qui m’aillent plus ou moins font vraiment partie d’une fast-fashion à laquelle je ne souhaite pas contribuer. Et les marques plus engagées sont trop chères, et ont, comme bien d’autres, oublié les gabarits atypiques pour le moment !

Si les pantalons que je trouve à ma taille restent de marques « fast »; je profite des économies permises par la seconde main pour privilégier les matières plus écologiques et agréables à porter, comme le lin. A ce sujet , je vous invite à lire l’article de Natasha.

 

Donc sur Vinted, je trouve des pièces plus écolonomiques ̶ ̶q̶u̶i̶ ̶f̶o̶n̶t̶ ̶c̶h̶a̶v̶i̶r̶e̶r̶ ̶m̶o̶n̶ ̶c̶o̶e̶u̶u̶u̶r̶ en adéquation avec mon style : et en plus les échanges avec les vendeuses sont souvent très agréables; de même que les petits mots qu’elles peuvent laisser dans les cartons -de récup, mais bien présentés ! Une fois j’ai eu des petits bonbons, d’autres fois des cartes, et même des conseils lavage 😉, comme avec ce t-shirt :

 

 

🔹🔹🔹

Faire durer 

Le lavage parlons-en : car consommer « moins mais mieux« , passe aussi par l’entretien de ses affaires, afin de les faire durer.

Et là, je suis bien moins à l’aise.
J’ai trop tendance à m’occuper aussi du linge de manière écolonomique (optimiser les lessives, pas de repassage); or c’est parfois contre-effectif. Puisque certaines pièces demandent une attention particulière; surtout celles de plus belle qualité, censée durer longtemps.
La qualité a un prix qui n’est légitime que si le produit dure, afin d’être rentabilisé et de ne pas avoir à renouveler fréquemment sa garde-robe !

Prendre soin de ses affaires c’est éviter d’organiser soi-même leur obsolescence, quitte à ce que cela demande un peu plus de temps et d’attention.

Cela passe par un entretien attentionné, et la réparation plutôt que le remplacement (car « apprendre à coudre permet de résister au gaspillage vestimentaire« )

Ne pas adopter une consommation fast d’une mode pourtant slow

Ce plaisir ému, d’enfin trouver des vêtements qui me correspondent -par leur style et la démarche éthique-m’amène je le sais, à en profiter au-delà du raisonnable.
Comme si je cherchais à rattraper ces années malaisantes où je ne trouvais pas mon bonheur.

Donc si en 2018, j’ai acquis d’inscrire l’esprit du défi rien de neuf dans mes habitudes;
en 2019 je veillerai à ne pas adopter une consommation fast d’une mode dont la raison d’être est plus slow*.

Le fait de me sentir bien mieux dans des hauts en lin, et d’en trouver à des prix très intéressants par exemple, m’amène à renouveler sans doute trop vite mes t-shirts.
Certes, je préfère donner une seconde vie (don, vente) à ceux que je ne mets pas car ils ne me correspondent pas, et trouver des vêtements dans lesquels je me sens mieux.
Mais je ne souhaite pas me laisser emporter par un engouement, qui dénaturerait l’attitude responsable qu’encouragent les achats de seconde main.

Qui apportent pourtant une satisfaction bien plus durable, dans tous les sens du terme:

-soutenabilité : le choix d’achats qui n’encouragent pas une pression supplémentaire sur les ressources, et ne soutient pas le modèle de la fast-fashion ainsi que ses implications socio-environnementales

-pas de gaspillage : puisque les pièces trouvées correspondent à mon style personnel, je sais que je vais les porter souvent/longtemps.
Et quand ce ne sera plus le cas, je leur donnerai à nouveau une nouvelle vie ! En couture récup, ou en les donnant/revendant !🔄

 

*EDIT : comme le montre cet article de Korii; Vinted n’assainit pas, voire entretient une consommation fast de la mode. Un glissement accru par l’expansion internationale de la marque et ses pubs TV qui incitent à y vider ses placards…pour mieux les re-remplir.
« Il semble pourtant que certaines pratiques collaboratives soient sources d’hyperconsommation et encouragent au contraire le consumérisme » (Elodie Juge).
L’enjeu est donc avant tout de clarifier son comportement face à l’achat, en questionner la raison, les enjeux, et les aspirations qu’on y met.

T-shirt en lin La Révolution Textile et pantalon de seconde main. Livre aux Editions Rue de L’Echiquier

🍀

Alors pour concilier mode et écologie, commençons par s’écouter.

Ce désir est-il un besoin ou une envie passagère? Est-ce que je cherche à combler un vide que je pourrais apaiser autrement que par la consommation? Ou est-ce que je souhaite me faire plaisir?

Est-ce un plaisir qui me correspond, dans son style et les valeurs qui sont derrière ?

Puis-je me faire ce plaisir de manière plus responsable du point de vue socio-environnemental?

Promis, votre bien-être, la planète et votre budget en sortent gagnants 😉

Je vous remets le lien de mon article mode et éthique et vêtements d’occasion 

Sur Twitter, je partage pas mal sur le défi rien de neuf : émissions, démarches, etc !


4 réflexions sur “Concilier mode et écologie ? Défi rien de neuf, consommation raisonnée et plaisir d’être soi!

  1. Je me suis engagée cette année également au défi rien de neuf. Je faisais déjà attention à mes achats mais là, je vais redoubler d’effort ! L’année dernière déjà je me suis éloigné de tous ces magasins de mode en évitant même le lèche vitrine qui est source de tentation. Si je dois vraiment acheter quelque chose je regarde si la marque est éthique ou je me dirige vers l’occasion. Mais ce n’est pas simple tous les jours, la tentation est partout, surtout sur les réseaux sociaux…
    J’ai testé la location de vêtements aussi, une super expérience, tu connais ?

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  2. Super bon et important article, merci. Merci aussi pour les moments touchants dans le texte, j’adore. Je suis tout à fait d’accord avec ces démarches importantes. Pour ma part, étant couturière artisane, je fais tout pour que mes clients puissent utiliser leur vêtements le plus longtemps possible après des retouches et des transformations. J’adore confectionner des vêtements et des objets en textile upcycling et je suis ravie de leur succès.
    Ravie d’avoir découvert votre blog, à bientôt!

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