« La transparence du temps » de Leonardo PADURA ! ✨

C’est toujours à regret que l’on termine un Padura, surtout quand il s’agit du dernier paru !
Si vous n’avez jamais lu de romans de ce grand auteur cubain, je vous conseille vivement de les lire dans l’ordre (et donc de ne pas commencer par celui-ci 😉) ! On apprécie d’autant mieux l’évolution psychologique et le cheminement existentiel de Mario Conde, policier havanais reconverti en vendeur de livres d’occasion.

En effet, c’est un plaisir de retrouver la richesse lexicale et historique de l’auteur, ici redéployée pour offrir une envoûtante combinaison de policier social dans la Havane contemporaine, et de roman historique dans le bassin méditerranéen médiéval.
Un livre toujours érudit, sensible -voire sensoriel- et riche d’humanité, qui se clôt sur ce savant mélange de plénitude et d’amertume.

Leonardo Padura. Source : éditions Métailié

2014, 5 ans après son enquête sur Daniel Kaminsy (Hérétiques).
Traînant ses errances mentale et urbaine dans les désillusions d’un Cuba en crise, Mario Conde tire toujours le diable par la queue avec son commerce de livres.
Un jour qu’il ploie sous une mélancolie éclairée, à l’approche du couperet des 60 ans, son flair d’ex-policier est de nouveau réclamé.
Bobby, un ancien camarade de lycée que le temps a tiré de son introversion malaisante, sonne à sa porte pour l’aider à retrouver une relique chère à ses yeux.

Une statue de vierge noire qui plonge Conde et le lecteur dans le milieu des marchands d’art, et dans les profondeurs mystiques de l’Histoire. Surtout, Mario côtoie dans sa quête les extrêmes inconcevables de la société cubaine  : du faste des privilégiés, à la misère de ses concitoyens « immigrés nationaux », aussi accablante que la chaleur caniculaire.

Ainsi, Conde se voit confirmer qu’égalité et justice sont des valeurs aussi évanescentes que le pouvoir prêté à la Vierge noire; des promesses insaisissables auxquelles s’accrocher.

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Entre l’imminence du « quatrième âge », les aspirations charnelles ou existentielles de Conde, la résonance du mystique et la conscience des (des)échantements de sa ville, c’est une (en)quête sensible et riche à la fois qu’offre ici Leonardo Padura.
Les réalités triviales côtoient la culture et la langue poétique de l’auteur, avec la même harmonie qui allie lucidité et égarement chez Conde. A la concordance de ses contradictions, répond la transparence de sa sensibilité, intuitive et incarnée.

Au gré de cette enquête, Mario témoigne encore de sa loyauté et son attachement à ses amis : des valeurs qui sont autant de piliers inébranlables malgré la misère sociale, l’accablement de l’âge ou les désillusions cubaines.

Mais ce ne sera pas sans heurts et déceptions : les disparitions morbides s’accumulent à ses dépens, les  magouilles grouillent, et il ne sera pas épargné par les dérives de la soif de conquête.
L’enquête se termine comme il n’aurait pu l’imaginer lorsqu’il a accepté de rendre service à son mystérieux camarade ; qui pourtant poussera Conde à exprimer ce qui l’habite depuis si longtemps. Une libération qui si elle ne règle pas tout pour le cubain, éclaircit brillamment la construction de ce roman qui nous transporte des Croisades des Templiers aux tréfonds havanais, porté par la foi en l’insondable pouvoir de l’art et du mystique.

Vivement le prochain ? 😉

La transparence du temps de Leonardo Padura, admirablement traduit par  Elena Zayas, aux Editions Métailié

 

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