Bleu, violet, rose, noir… : palette de lectures (« Bleue », « Né d’aucune femme », « Lucy in the sky » , « Un petit glaçon dans la tête ») 🌈

 

L’été arrivé en fanfare est l’occasion de se rafraîchir en partageant quelques lectures printanières !

Une sélection colorée des livres dont vous pouvez retrouver chaque semaine mes chroniques ici ou !

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Bleue

📚 Bleue de Maja LUNDE, un roman d’anticipation pourtant brûlant d’actualité, autour de la crise de l’eau. 

Après le succès d‘ Une histoire des abeilles, qui donnait à voir une pollinisation tellement affectée qu’elle doit être réalisée manuellement, Maja Lunde poursuit sa narration des dérèglements environnementaux avec Bleue

Construit sur l’acuité du conflit opposant progrès socio-économique et préservation de la nature, il alterne entre deux époques et leurs protagonistes, reliés par un même espoir : un bateau, symbole de l’accès à l’eau et d’un but vers lequel aller.

Ce bateau, c’est celui de Signe, ancienne activiste et journaliste aujourd’hui septuagénaire, qui retourne dans son village natal pour s’opposer à sa manière à un énième projet d’exploitation des ressources du fjord.
Seule parce-que consciente de faire partie d’un tout, elle bravera les mers sur son fidèle bateau pour ouvrir les yeux à l’ingénieur en charge du projet, qui n’est autre que son premier amour.

Quelques décennies plus tard, le bateau rouille dans un jardin du Sud de la France, lors que sévit une sécheresse ravageuse. C’est dans le camp de cette ville que David et sa fille Lou font halte, après voir fui leur ville en proie à un incendie qui a déchiré la famille. Convaincu que sa femme et son fils les rejoindront sous peu, il cristallise ses espoirs sur ses visites quotidiennes au bureau de la Croix-Rouge.

Alors que l’espoir s’assèche comme les réserves d’eau, David fait au mieux pour adapter leur soudaine condition de migrants, et en adoucir les contours pour son enfant. Il préserve sa candeur autant qu’il s’y accroche, car la carapace de l’Imaginaire est un refuge à l’aridité du quotidien.
Mais l’ingénuité n’est qu’une parenthèse de la lucidité, face à ce camp qui se remplit aussi vite que son approvisionnement se tarit.
Confrontés à la pénurie et livrés à eux-mêmes, les réfugiés manifestent autant de coopération que de brutalité ; alors le père et sa fille s’échappent de plus ne plus du camp pour jouer, respirer et rêver… En manque d’eau, leur havre est pourtant un bateau qu’ils investissent pour en découvrir les ressources, pratiques ou oniriques.

Bleue

Les romans de Maja Lunde ont cela de glaçant qu’ils anticipent l’actualité, et romancent la réalité.
On peut en effet se sentir à l’abri de ces menaces lointaines en tant qu’Occident (que l’on nous a appris à assimiler à richesse et domination).

Mais d’une part, il serait bienvenu de raisonner enfin en commune humanité ; et les déchirements de ce livre ne sont pas fiction mais illustration de ce que vivent déjà des millions de personnes fragilisées par la précarité de leurs ressources (économiques et environnementales).

Et si l’empathie lointaine nous est trop abstraite, n’ayons crainte, nous connaîtrons pareils assèchement de notre confort. Épuisement des ressources, conflits pour y avoir accès, achoppements entre progrès et préservation de l’environnement, réfugiés climatiques ou catastrophes naturelles sont des bouleversements déjà à l’œuvre.
Entre douceur et gravité, l’autrice norvégienne déplace juste ces faits de la colonne faits divers des journaux, pour en faire le cœur de son roman.

Je remercie Camille des éditions Presses de la Cité pour l’envoi du livre !

*

Un petit glaçon dans la tête

 

📚 Un petit glaçon dans la tête de Valérie PERONNET : secrets de famille violets et émotions en couleurs

Après son 1er roman Jeanne et Marguerite adapté au théâtre, Valérie Péronnet offre ici un récit tendre et touchant, dont l’écriture recherchée et délicate est pleine d’humanité. 

Si Max n’a pas besoin de parler pour dialoguer avec sa sœur, les non-dits familiaux sont d’un poids trop glaçant pour cet enfant sensible. 

Car Max est différent : il est au monde par les couleurs plutôt que par les mots, ne sait pas faire semblant et est rarement assez en confiance pour faire sortir les mots.

Alors avec ceux qui prennent le temps de respecter ce diamant incompris qu’est la différence, il communique autrement. Mais son silence et ses refuges intérieurs provoquent souvent l’incompréhension et la colère de sa mère, artiste lunatique qui subit autant qu’elle perpétue les secrets de famille.

Un petit glaçon dans la tête

Et c’est en alternant l’hier et l’aujourd’hui, le confinement parisien et les étendues canadiennes, que Valérie Péronnet lève délicatement le voile sur ce passé qui peut expliquer les peurs glacées de Max, les colères électriques de sa mère et les vides si lourds à porter au fil des générations.

En tissant l’intime et l’histoire, elle fait résonner des souffrances qui suintent parfois trop pour qu’on y pose des mots.

À travers le regard candide et clairvoyant d’un garçon qui grandit différemment au sein d’une famille haute en couleurs, cette quête rappelle que combler les vides est aussi douloureux que salvateur.

 

*

Lucy in the sky

📚 Lucy in the sky de Pete FROMM : un roman marquant sur l’adolescence.

«Aller aux chutes » comme on dit Grandir.
« Couper du bois » comme on dit Partir.

Cette année-là, Lucy grandit très vite.
Trop vite.

Alors qu’il était, comme toujours, partir loin et longtemps pour son travail de bûcheron, son père doit bien admettre que « sa Luce » devient femme.
Pourtant, alors qu’elle franchit les étapes à une vitesse aussi foudroyante que sa répartie, l’adolescence aimerait trouver à nouveau refuge dans le garçon manqué qu’elle était jusqu’alors.
Et si son père lui a transmis son impertinence et sa capacité à rire de tout, Lucy prend conscience du trou béant de ses absences continuelles.
Un rendez-vous raté avec son rôle de père ; et une frustration pour sa femme. Lasse d’attendre, elle veut s’autoriser à vivre enfin ce dont un mariage précipité par un grossesse précoce l’ont privée.
Quitte à assister, étrangère, aux bouleversements que connaît sa fille.

Lucy in the sky

Deux femmes-enfants qui se cherchent et se heurtent au coins de leur existence bousculées.

Malassurée dans cette adolescence supersonique, Lucy n’en reste pas moins forte, indépendante et fidèle à elle-même.

Pete Fromm en dresse un portrait touchant, incarné et (im)pertinent!

 

 

(oui, bon d’accord, puisque vous insistez) :

*

 

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📚Né d’aucune femme de Franck BOUYSSE: Un roman noir et lumineux, qui enserre et libère.

Par le raffinement et l’authenticité d’une langue sensorielle, Franck Bouysse donne relief et lumière à des destinées miséreuses. En particulier celle de Rose, vendue à l’aube de son adolescence à un obscur maître de forge, au prétexte universellement regrettable et éternellement regretté que son père cherchait à sortir la famille de la misère. 

Rose est du jour au lendemain plongée dans l’inconcevable : emmurée dans une bâtisse aussi sombre que les projets de ses bourreaux, elle sera par ses derniers vidée de sa substance. Une violence qui heurte son corps de presque femme, et assèche son âme, sans pour autant lui faire perdre sa force et sa dignité.

Condamnée à un à une destinée qu’on a gribouillé pour elle, Rose se la réappropriera en écrivant son histoire, au crépuscule de se sa vie noire et révélée. Plus elle s’étiole et plus elle s’ouvre à son monde réduit, plus on l’enferme et plus elle libère son âme en se révélant à elle-même.

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C’est cette histoire que découvrira le père Gabriel; qui, s’étant vu confié les cahiers de Rose, fera son possible pour éclaircir les mystères de ce tunnel poisseux, dont Rose a laborieusement construit la fin pour enfin voir la lumière.

Dans ce roman choral qui prend aux tripes, Franck Bouysse sculpte la langue avec autant de profondeur et de subtilité que les destins de ces âmes fortes, qui couvent leur humanité au revers de l’infamie des autres.

***

Bon Vendredi Lecture !

 

Le prix du livre étant unique en France, ces livres ne seront pas plus chers chez votre libraire 😉


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