Le pouvoir des livres pour changer le monde : « Nous sommes ce que nous mangeons » de Jane Goodall, Gary McAvoy et Gail Hudson, extraits choisis

 

NĂ©e le 3 avril 1934 Ă  Londres, Jane Goodall est «une pionniĂšre dans les recherches sur les rapports humain-animal et s’investit depuis toute petite dans la prĂ©servation de la vie animale sauvage d’Afrique ». Ethologue, anthropologue, primatologue, elle s’est immergĂ©e dans les cultures africaines, pour connaĂźtre les autochtones et observer les primates : notamment les chimpanzĂ©s, dont elle a partagĂ© le quotidien pour patiemment les Ă©tudier.
Les considĂ©rant comme des ĂȘtres vivants douĂ©s de sensibilitĂ©, elle est la premiĂšre Ă  avoir rapportĂ© qu’ils utilisaient -voire fabriquaient- des outils pour s’alimenter. Un fait que l’on considĂ©rait jusqu’alors comme distinctif de l’Homme et de l’animal, comme elle le raconte dans ce livre.

Ce dernier est un des nombreux tĂ©moignages mĂȘlant donnĂ©es Ă©tayĂ©es, observations et expĂ©riences personnelles, que la primatologue partage pour faire prendre conscience du danger sanitaire et environnemental d’un systĂšme qui ne voit plus de bĂ©nĂ©fice Ă  se considĂ©rer comme un Ă©cosystĂšme.

L’alimentation est un Ă©lĂ©ment constitutif de notre culture, notre survie, notre physiologie; un simple acte qui implique pourtant tant d’enjeux et dont nous avons perdu le bon sens.

 

 

Résultat de recherche d'images pour "jane goodall book"

 

Paru en 2005, cet essai écrit avec Gary McAvoy & Gail Hudson convoque les connaissances et observations des auteurs, avec les tenants et aboutissants des dérives de ce systÚme dans la seconde moitié du XXeme siÚcle, totalement déconnecté des principes et besoins de notre écosystÚme.
Bien que l’ouvrage soit surtout illustrĂ© d’exemples anglo-saxons, sa parution chez Actes Sud en 2008 s’ouvre sur une introduction Ă©crite spĂ©cialement pour l’Ă©dition française.
En croisant des (res)sources scientifiques et empiriques des quatre coins du monde Nous sommes ce que nous mangeons informe pour sensibiliser aux risques de l’agriculture industrielle.

Un rĂ©cent rapport britannique rappelle que le vrai coĂ»t de la malbouffe low cost est une crise de santĂ© publique et la destruction de l’environnement.
Et c’est ce sur quoi alertait dĂ©jĂ  le discours fort mais non moralisateur de Jane Goodall.

Mais aussi sur les aberrations Ă©thiques pour tout ce(ux) qui nous entoure(nt) : des firmes industrielles qui brevettent le vivant, puis attaquent les paysans en justice quand ceux-ci ont Ă©tĂ© contaminĂ©s malgrĂ© eux. Des animaux auxquels on dĂ©nie le droit de vivre selon leurs besoins Ă©lĂ©mentaires. Des populations animales ou humaines que l’on coupe de leur cycle naturel.

 

CondensĂ© d’enjeux alimentaires dans le temps et dans l’espace, Nous sommes ce que nous mangeons s’engage pour la protection des ĂȘtres et de la 🌎, et donne aussi Ă  voir l’engagement de producteurs ou consommateurs Ă  travers le monde.
Des initiatives alternatives qui montrent que le bon sens est encore ce qu’on a inventĂ© de mieux.

Nous sommes ce que nous mangeons est l’exemple fort d’un livre que tout le monde pourrait et devrait lire : Ă©tayĂ© mais trĂšs accessible, Ă©difiant sans ĂȘtre moralisateur, Ă©clairant un large spectre d’enjeux agricoles, environnementaux, alimentaires, et sociĂ©taux.

Le partage d’extraits Ă©difiants sur les rĂ©seaux sociaux ayant suscitĂ© un intĂ©rĂȘt qui me touche, j’ai souhaitĂ© en sĂ©lectionner certains dans cet article. Ce sont des faits instructifs mĂȘme quand on connait le sujet, et qui peuvent sensibiliser des personnes qui ne le sont pas encore. C’est ce dernier point, auquel je ne m’attendais pas lors des partages en storys instagram, qui m’a poussĂ©e Ă  les partager ici.

Dans un esprit de synthĂšse et pour ne pas dĂ©voiler tout ce qui fait l’intĂ©rĂȘt du livre, j’ai, parmi ces extraits choisis, coupĂ© des bouts de phrase ([
]), en respectant  leur sens qui n’est en rien modifiĂ© par ces retraits.

 

AGRICULTURE

Engrais chimiques et pesticides.

AprĂšs la Seconde Guerre Mondiale, l’introduction de la monoculture a marquĂ© la premiĂšre rupture avec l’agriculture traditionnelle [
] si un paysan perd sa seule et unique espĂšce, les consĂ©quences seront lourdes.
Le fermier moderne cherche donc dĂ©sespĂ©rĂ©ment Ă  maintenir ses cultures en vie. Il enrichit ses terres d’engrais chimiques (contenant du plomb, de l’arsenic et parfois mĂȘme du mercure) et arrose ses cultures de pesticides. Les insectes qui sĂ©vissent sur cette espĂšce deviennent plus rĂ©sistants, si bien que le paysan rĂ©pand des quantitĂ©s de plus en plus grandes [
].
Au bout du compte, le sol est tellement appauvri que l’écosystĂšme de la ferme entiĂšre doit sa survie aux produits chimiques 🔄. Cette forme d’agriculture gĂ©nĂšre l’angoisse et le stress (suicides [
]).

Cultiver des aliments avec du poison : Avec la Seconde Guerre Mondiale, les scientifiques se sont rendu compte que les gaz neurotoxiques pouvaient aussi servir contre les insectes qui dĂ©truisent les semences. Depuis, l’agriculture est de plus en plus dĂ©pendante de l’industrie chimique. [
]
PrĂšs d’un demi-siĂšcle d’une agriculture ayant recours aux pesticides a pour consĂ©quence que de nombreuses espĂšces d’insectes nuisibles y rĂ©sistent de plus en plus. La rĂ©ponse du paysan consiste Ă  traiter plus souvent et de surcroĂźt avec des pesticides encore plus toxiques [
].
Ces produits chimiques s’évaporent dans l’atmosphĂšre et retombent ; ils atteignent nos arriĂšre-cours, nos parcs et mĂȘme nos fermes bio. Ils s’enfoncent dans nos sols et s’infiltrent dans la nappe phrĂ©atique, dans nos rĂ©serves d’eau et nos puits ; ils gagnent nos lacs, nos riviĂšres, nos ocĂ©ans pour finir dans le corps des animaux et des ĂȘtres humains.
On estime Ă  0.1% la part des pesticides qui atteint sa cible effective – ce qui veut dire que toutes sortes de tĂ©moins innocents en pĂątissent [
]. En AmĂ©rique, les produits chimiques agricoles tuent quelque 67 millions d’oiseaux chaque annĂ©e.
La prophĂ©tie de Rachel Carson dans son livre visionnaire Silent Spring s’est rĂ©alisĂ©e » (extrait accompagnĂ© d’études sur l’impact sur les animaux et la santĂ©, comme le dĂ©veloppement des enfants affectĂ© par l’exposition aux pesticides) « comment avons-nous pu croire que c’était une bonne idĂ©e de cultiver nos aliments avec du poison ? ».

 

Le(s) BIO

( Le coût du bio: inaccessible et élitiste ?  «Le coût invisible des aliments qui ne sont pas bio » )
«Pouvons-nous vraiment nous permettre les aliments « bon marché»?

Pendant des annĂ©es, nous avons Ă©tĂ© forcĂ©s de cautionner la contamination chimique de nos corps et de notre planĂšte sous prĂ©texte de produire en abondance des produits « bon marchĂ© ».
Mais ces produits sont-ils vraiment bon marché ?
Le vrai coĂ»t de l’agriculture industrielle n’apparaĂźt jamais sur l’Ă©tiquette. On y prĂ©cise jamais la somme payĂ©e par le contribuable sous forme d’aides gouvernementales, ni le prix Ă  payer pour notre santĂ© malmenĂ©e. Il est pour le moins impossible de mesurer tout ce qui est dĂ©pensĂ© pour remĂ©dier aux dĂ©gĂąts environnementaux causĂ©s par l’agriculture intensive et ses produits chimiques ».

«Le vrai bio, le faux bio.
Le mouvement bio s’est d’abord dĂ©veloppĂ© en rĂ©action Ă  la mainmise des grands groupes sur les rĂ©serves alimentaires.
À ses dĂ©buts, l’utopie bio avait trois objectifs :
– Cultiver des aliments sains en harmonie avec la nature
-Préserver la riche diversité des productions locales
-Créer une nouvelle forme de distribution à travers des marchés de producteurs et des coopératives agricoles
En achetant des aliments bio, nous pensons encourager les Ă©cosystĂšmes variĂ©s et menacĂ©s [manger des produits sains cultivĂ©s dans le respect de la nature]. Il faut dire que l’industrie bio contribue Ă  perpĂ©tuer cette image.[…]
Mais la rĂ©alitĂ© est parfois bien loin de l’idylle.
Sachant que les produits bio font maintenant partie d’une industrie Ă  hauteur de plusieurs milliards, on ne s’Ă©tonnera pas que les grands groupes agro-alimentaires prennent le train en marche[…].
La plupart de ces multinationales ne traitent pas avec les petites exploitations respectueuses de l’environnement. A la place, on dĂ©couvre un nouvel hybride, la ferme bio Ă  grande Ă©chelle, avec des hectares entiers de monoculture […].

Le bio de façade reprend les méthodes à succÚs des grandes multinationales.
Certes, les pesticides sont proscrits, mais les quantitĂ©s d’eau et d’Ă©nergie fossile utilisĂ©es sont considĂ©rables.
Comme ces producteurs persistent dans la monoculture intensive, ils sont les tenants d’un systĂšme affaibli de l’intĂ©rieur […].
La culture bio de façade s’inscrit encore dans une infrastructure qui encourage la production de masse, l’emballage superflu et l’expĂ©dition vers des magasins Ă©loignĂ©s de milliers de kilomĂštres  [avec] de nombreux intermĂ©diaires et des objectifs Ă  court terme.
La rĂ©ussite du bio de façade se mesure Ă  ses bĂ©nĂ©fices, pas Ă  son respect de l’environnement».

 

 

 

Perte de biodiversité et domination de quelques firmes

La commission des Nations Unies a fait savoir qu’un nombre terrifiant de plantes comestibles sont en passe d’ĂȘtre rĂ©duites Ă  quelques variĂ©tĂ©s propres Ă  la culture industrielle [
].
Te Tzu Chang : « Ce que les gens appellent le progrĂšs n’est autre que la corde raide en ce qui concerne l’approvisionnement alimentaire. Partout, nous perdons des variĂ©tĂ©s de semences ».

«Les OGM reprĂ©sentent pour les grands groupes le moyen de s’assurer le contrĂŽle global de la culture et de la distribution des aliments. Quelques multinationales dĂ©tiennent Ă  prĂ©sent un brevet sur leurs semences gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©es  et elles attaquent en justice les paysans dont les semences ont Ă©tĂ© contaminĂ©es (par pollinisation croisĂ©, par le vent, par les oiseaux) pour non-respect du brevet. Non seulement la contamination par les OGM a menacĂ© la terre et le cadre de vie des petits producteurs, mais en plus les compagnies dĂ©tentrices des OGM accusent les fermiers d’ĂȘtre lĂ©galement responsables !»

« Certaines des multinationales qui s’emparent des terres cultivĂ©es en AmĂ©rique du Nord rachĂštent aussi des producteurs de semences, essayant donc ni plus ni moins de dĂ©poser un brevet pour les semences du monde entier [….] le moteur des technologies gĂ©nĂ©tiques n’est autre que l’appĂąt du gain, une vaste tentative de multinationales de s’assurer Ă  travers des brevets dĂ©posĂ©s, le contrĂŽle des rĂ©serves alimentaires mondiales.

Résultat de recherche d'images pour "nous sommes ce que nous mangeons"

Pendant ce temps, des techniques agricoles indĂ©fendables se rĂ©pandent dans les pays en voie de dĂ©veloppement dont les dirigeants sont souvent pressĂ©s de coopĂ©rer avec les multinationales. Et ces derniers de crĂ©er de nouveaux dĂ©bouchĂ©s pour leurs technologies agricoles et de produire des aliments bon marchĂ© (dans des conditions proches de l’esclavage moderne) qu’elles peuvent vendre avec un confortable bĂ©nĂ©fice Ă  leurs riches clients des pays dĂ©veloppĂ©s.
C’est ainsi que se perpĂ©tue l’exploitation coloniale du monde Ă©mergent».

[La faim dans le monde] « n’est pas dĂ» Ă  un manque d’aliments en soi mais Ă  divers facteurs variables tels que l’instabilitĂ© politique, la distribution lacunaire des vivres, la corruption des gouvernements, la dĂ©gradation des terres liĂ©e Ă  la surpopulation et aux cultures intensives, le rachat des exploitations rurales par les multinationales qui menacent les cultures locales mieux adaptĂ©es aux conditions de vie ; et enfin les centaines de milliers de fermiers privĂ©s de leurs moyens, qui ne doivent leur survie qu’Ă  une agriculture de subsistance et finissent par migrer vers les villes (paupĂ©risation). […] il faut se mĂ©fier des multinationales qui prĂ©tendent Ă©radiquer la faim dans le monde en transformant les terres cultivĂ©es en surfaces couvertes de semences gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©es».

«Dans leur dernier ouvrage, Hope’s edge, Frances Moore LappĂ© et sa fille soulignent le fait que 10 multinationales agro-alimentaires contrĂŽlent plus de la moitiĂ© des rĂ©serves mondiales de nourriture.
En d’autres termes, une poignĂ©e de PDG rĂ©duit le choix de produits disponibles en magasin Ă  ceux qui rapportent le plus de bĂ©nĂ©fices Ă  leur groupe.
La plupart des gens ont dĂ» accepter de manger des pesticides et des OGM; accepter ce monopole des grands groupes qui sacrifient la qualitĂ© et la diversitĂ© au profit d’une production de masse et font passer leurs bĂ©nĂ©fices avant la santĂ© humaine et la protection de l’environnement».

[…] [l’alimentation dĂ©sĂ©quilibrĂ©e des plus dĂ©favorisĂ©s (dans les pays dĂ©veloppĂ©s)]. «Certes, ils ne manquent pas de nourriture, mais s’intoxiquent du fait de la qualitĂ© de cette nourriture. Les articles sont certes bon marchĂ© mais leur valeur nutritive est quasi nulle. Monica Ferreria, Roots&Shoots : « Tous les enfants aiment les chips, le marketing autour de ces produits est immoral.
Quel dilemme, lorsque l’on voit que les plus pauvres ne meurent pas par manque de nourriture en soi, mais par excĂšs de mauvaises nourritures« . […]
L’industrie de la malbouffe doit ĂȘtre tenue pour responsable de sa production mondiale de nourriture bon marchĂ©, riche en calories et qui ne vise qu’au profit sans tenir compte des dĂ©gĂąts causĂ©s».
S’ensuivent des tĂ©moignages et Ă©tudes sur l’impact de la consommation de sucre sur la hausse des comportements violents.

MODES DE VIE

«On pensait que le 21Ăšme siĂšcle apporterait un confort sans limites aux nations industrialisĂ©es, Ă  la place on assistĂ© Ă  un effondrement des habitudes alimentaires. Les relations familiales en pĂątissent, nos aliments sont moins nutritifs, chacun se dĂ©pĂȘche, travaille toujours plus et profite toujours moins de la vie.
[…]
Alors que nous essayons de dĂ©manteler les rouages de l’agriculture industrielle, nous devrions peut-ĂȘtre aussi remettre en question notre mode de vie qui fait passer la vitesse et la facilitĂ© avant les valeurs nutritives d’aliments cuisinĂ©s avec amour et mangĂ©s en famille. La rapiditĂ©, la facilitĂ©, les calories ne nous ont pas rapprochĂ©s de nos enfants, elles n’ont pas consolidĂ© nos relations et sont loin d’amĂ©liorer notre santĂ© et notre alimentation».

LA PERTE DES PRODUITS FRAIS & LOCAUX

«Alors que le supermarchĂ© global incarne la multiplication de l’offre, il est aussi Ă  l’origine de valeurs et d’attentes totalement irrĂ©elles.
On nous a conditionnĂ©s Ă  croire qu’il est tout Ă  fait normal de se rendre dans un supermarchĂ© pour y trouver en toute saison n’importe quel produit de n’importe quel pays.

Il y a bien plus d’Ă©nergie dĂ©pensĂ©e (Ă©nergies fossiles) pour que la nourriture arrive sur notre table que nous n’en recevons en la mangeant. Le dĂ©placement par camion des aliments est responsable d’une grande quantitĂ© d’Ă©mission de dioxyde de carbone (encore plus Ă©levĂ©es quand ils sont acheminĂ©s par voie aĂ©rienne).

Songeons aussi aux quantitĂ©s d’emballage gaspillĂ©s pour que les aliments soient conditionnĂ©s et puissent supporter des milliers de kilomĂštres [et le produit est passĂ© par de nombreux intermĂ©diaires].
Nous dĂ©couvrirons aussi qu’il a subi une irradiation ionisante pour supporter un long voyage.
Nous pourrions aussi nous rendre compte qu’il a Ă©tĂ© cueilli avant terme, puis Ă  Ă©tĂ© dopĂ© pour mĂ»rir aprĂšs son transport. Ou qu’il a Ă©tĂ© passĂ© au spray, qu’on lui a injectĂ© un colorant pour que ses belles couleurs lui donnent un air bien mĂ»r.
OĂč encore qu’il a Ă©tĂ© gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ© pour rester frais plus longtemps.
[…]

Un des exemples les plus tristes de la manipulation sĂ©lective des plantes est la tomate de culture industrielle qui est farineuse, incolore et sans goĂ»t. Ce lĂ©gume imposteur doit mĂ»rir dans des camions rĂ©frigĂ©rĂ©s oĂč il voyage pendant une semaine avant d’arriver dans les rayons des supermarchĂ©s. En outre, il pourrait bien s’agir d’une variĂ©tĂ© gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©e.

Tous ces transports et manipulations seraient peut-ĂȘtre justifiĂ©s s’ils aidaient Ă  nourrir les rĂ©gions de ce monde oĂč les produits frais ne sont pas disponibles.
Mais en fait, la plupart de ces aliments sont expĂ©diĂ©s dans des pays qui cultivent les mĂȘmes produits. […]
Dans la mesure oĂč les tomates de production locale ne font plus partie de la chaĂźne alimentaire industrielle, elles ne parviennent jamais sur les rayons de supermarchĂ©.
Dans l’Ă©tat actuel des choses, les acheteurs des supermarchĂ©s ne font que des commandes de gros auprĂšs d’entrepĂŽts qui importent de la nourriture provenant de distributeurs ou de fermes industrielles du monde entier. [Pour eux] il n’y a presque aucun intĂ©rĂȘt Ă  commander des produits auprĂšs de diffĂ©rents petits producteurs locaux».
J’imagine que l’int€r€t changerait de camp si nous consommateurs votions par nos achats pour des produits locaux et de saison. Qui ne sont pas forcĂ©ment plus chers (encore une fois, quel est le vrai prix du low cost??) mais pĂątissent de barriĂšres pratiques (les circuits courts, moins pratiques que le supermarchĂ©s), financiĂšres, socio-culturelles.

🌿🌿🌿

MAL-ETRE ANIMAL

« Dans les annĂ©es 70, j’ai soudain dĂ©couvert que tout avait changĂ© dans le monde de la ferme.
C’est en lisant Animal Liberation de Peter Singer que j’entendis pour la premiĂšre fois parler de l’horreur des fermes industrielles et de leurs mĂ©thodes Ă  grande Ă©chelle pour Ă©lever de plus en plus de bĂȘtes et rĂ©pondre Ă  la demande croissante des consommateurs en viande de moins en moins chĂšre. [
]

Les animaux sont traitĂ©s comme des objets alors que ce sont des ĂȘtres vivants qui connaissent la douleur et la peur, mais aussi la satisfaction, la joie et la peine.
Ils ont le droit de vivre dans des conditions qui leur permettent d’avoir un comportement conforme à leur nature [
].
Le modĂšle industriel ne voit aucun intĂ©rĂȘt Ă  considĂ©rer les animaux comme des ĂȘtres sensibles. A la place, ils sont ni plus ni moins traitĂ©s comme des machines qui transforment de la nourriture en de la viande, du lait, des Ɠufs ».

« La plupart de nos volailles sont Ă©levĂ©es en batterie, dans des bĂątiments oĂč des centaines de cages sont empilĂ©es les unes sur les autres (il peut y avoir des dizaines de milliers de volailles par entrepĂŽt). Les poules sont fourrĂ©es par 5 ou 6 dans de petites cages grillagĂ©es qui ne leur laisse mĂȘme pas assez de place pour dĂ©ployer leurs ailes. Et comme elles se donnent mutuellement des coups de bec, ceux-ci s’atrophient douloureusement.

Lorsque la ponte commence Ă  dĂ©cliner, les poules sont privĂ©es d’eau et de nourriture pendant plusieurs jours alors que le cycle de la lumiĂšre et de l’obscuritĂ© est inversĂ©. Cette mue brutale leur fait perdre les plumes et elles se mettent Ă  pondre Ă  nouveau, mais juste pour quelques semaines. Ensuite, ces oiseaux poussĂ©s au bout du rouleau sont utilisĂ©s pour le bouillon de poules.

Dans ces usines Ă  Ɠufs, les coquelets tout juste Ă©clos passent pour des produits secondaires dĂ©pourvus d’utilité» (donc tuĂ©s, dans diverses conditions dont je vous Ă©pargne les dĂ©tails)  «certains poulets sont moulus en nourriture animale, parfois mĂȘme alors qu’ils sont encore vivants. Les volailles qu’on achĂšte et dont les cuisses, ailes et gĂ©siers sont vendus dans de jolies petites barquettes, sont entassĂ©es dans de minuscules casiers, oĂč elles se bousculent, se marchent les unes sur les autres et piĂ©tinent celles qui meurent » .

« À bien des Ă©gards, l’Ă©levage intensif de porcs est le pire de tous. Les jeunes cochons d’Ă©levage sont gardĂ©s dans des enclos surpeuplĂ©s avec un sol en ciment. La promiscuitĂ© est telle […] qu’ils en arrivent parfois Ă  se dĂ©vorer la queue les uns les autres». S’ensuit une illustration difficilement soutenable des effets des hormones de croissance (Ă©levages amĂ©ricains) et l’enfer vĂ©cu par les truies Ă©levĂ©es pour la reproduction».

70% de l’eau utilisĂ©e sur la planĂšte l’est pour l’agriculture (FAO). 1 steak = 1 500 L d’eau. 80% de la dĂ©forestation est due Ă  l’agriculture; entre autre pour produire du soja*.

« Manger de la viande : les consĂ©quences pour l’environnement.
On estime Ă  1/3 voire Ă  la moitiĂ© la part des rĂ©coltes mondiales servant Ă  nourrir des animaux qui seront mangĂ©s par l’Homme.
Le fourrage et les graines qui servent Ă  nourrir les animaux dont la viande est consommĂ©e en Europe exigent une surface de culture 7 fois supĂ©rieure Ă  l’UE.
Les Ă©leveurs doivent acheter des cĂ©rĂ©ales et d’autres aliments pour animaux provenant d’autres pays. C’est ainsi que la forĂȘt tropicale brĂ©silienne est dĂ©truite» (dĂ©forestation importĂ©e) « non seulement pour crĂ©er des pĂąturages pour le bĂ©tail mais aussi pour produire du soja ou des cĂ©rĂ©ales dont la plus grande partie est expĂ©diĂ©e en Europe ou au Japon oĂč elle nourrit les animaux d’Ă©levage.
Ce qui veut dire que les populations locales qui ont besoin de faire pousser leur propre nourriture se voient privées de leurs terres par les compagnies étrangÚres.

«Pour produire 1kg de soja il faut 2000 L d’eau, un peu plus que les 1900L nĂ©cessaires pour produire 1kg de riz. Par contre, il faut 3500 L pour 1kg de poulet et 100 000L pour 1kg de bƓuf. Pour nourrir ceux qui ont faim, la solution ne passe pas par l’augmentation des productions de viande, bien au contraire ».

SANTÉ

« Dans Disease-Proof Your Child, Joel Fuhrman insiste sur le fait que nous avons Ă©tĂ© conditionnĂ© Ă  croire que les produits d’origine animale sont la meilleure source de protĂ©ines. En fait, les lĂ©gumineuses contiennent plus de protĂ©ines par calorie que la viande. Les aliments les plus nocifs sont ceux qui regorgent de graisses saturĂ©es (prĂ©sentes dans les produits animaux). Dans les pays dĂ©veloppĂ©s, la dĂ©pendance excessive aux produits laitiers et Ă  la viande a sĂ»rement contribuĂ© Ă  la prĂ©valence actuelle des maladies cardiaques et du cancer».

(Risques sanitaires des OGM) « De nombreux aliments génétiquement modifiés ont été créés pour développer leur propre pesticide dans chaque cellule. Quels seront les effets cumulés à long terme de la production en masse de ces toxines ? »

💧💧💧

« L’EAU, LA CRISE MENACE
Alors que la population continue de croĂźtre, nous manquons de plus en plus d’eau.
Dans les zones de captage, la dĂ©forestation entraĂźne l’ensablement des riviĂšres Ă  cause des coulĂ©es de boue sur les terrains nus. Les cours d’eau diminuent et les besoins en eau pour l’irrigation et l’usage domestique ne fait que grandir. […]

L‘irrigation excessive du maĂŻs et du soja qui servent Ă  nourrir le bĂ©tail, lequel a aussi besoin d’eau, assĂšche nos ressources dans de nombreux pays » .

Nombre d’entre nous  « pensent que la meilleure maniĂšre d’avoir une eau pure et saine est de l’acheter en bouteilles. Pour tout dire, seules quelques marques sont vraiment pures […] songeons au rappel mondial des eaux Perrier aux dĂ©buts des annĂ©es 90. L’eau avait subi une contamination au benzĂšne (poison)» .
La production d’eau en bouteille nuit Ă  l’environnement. Le plus souvent, les bouteilles plastiques sont faites de PET, une substance dangereuse pour l’environnement, dont la production dĂ©gage de nombre rĂ©sidus. En plus, il faut 17.5kg d’eau pour obtenir 1kg de PET. Il faut plus d’eau pour fabriquer les bouteilles en PET qu’on ne met dedans »

« Quand les grands groupes dĂ©tiennent l’eau.
Les grandes multinationales mettent tout en Ɠuvre pour s’assurer la maĂźtrise des ressources en eau de ce monde.
Le magazine Fortune prĂ©cise que »l’eau est le meilleur secteur d’investissement  » du 21Ăšme siĂšcle.
Dans le Toronto Globe & Mail, on peut lire : l’eau est en passe de devenir une industrie aux mains des multinationales« .

Historiquement, les opĂ©rateurs du service public avaient la responsabilitĂ© des rĂ©serves en eau.  A prĂ©sent, de plus en plus de grandes entreprises s’engagent dans ce secteur[…]. Quand une entreprise fournit de l’eau, sous quelque forme que ce soit, elle le fait pour assurer des bĂ©nĂ©fices Ă  ses actionnaires et non pas pour prĂ©server la qualitĂ© de l’eau (donnĂ©es auxquelles les clients n’ont plus accĂšs) ou la maintenir Ă  un prix abordable […]
Un ancien directeur de Suez : « Nous sommes lĂ  pour gagner de l’argent. TĂŽt ou tard, une entreprise qui investit doit rentrer dans ses frais, ce qui veut dire que les clients doivent en assurer le coĂ»t  »

đŸ”čđŸ”čđŸ”čđŸ”čđŸ”čđŸ”čđŸ”čđŸ”čđŸ”čđŸ”čđŸ”čđŸ”čđŸ”čđŸ”čđŸ”čđŸ”č

« Peu importe la taille d’une entreprise, elle ne peut rester compĂ©titive si ses clients la boycottent ».

Ce qui se fait et ce que nous pouvons faire :

Evidemment, pour vous donner envie de dĂ©couvrir ce livre, je ne livre pas ici  les tĂ©moignages personnels de Jane Goodall, expĂ©riences positives et surtout les initiatives existantes et « solutions » diverses qu’elle propose comme alternatives Ă  ce systĂšme qui marche sur la tĂȘte !

N’hĂ©sitez pas Ă  partager cet article, ainsi que vos rĂ©flexions et lectures 😉 ! Vous pouvez aussi me suivre sur les rĂ©seaux sociaux, j’y partage souvent des extraits Ă©difiants de lecture !

Pour aller plus loin…: (s’)informer pour comprendre et agir

Le mouvement Slow Food : Carlo Petrini et Alice Waters

Livres cités dans cet essai
Animal Liberation de Peter Singer
Disease-Proof Your Child de Joel Fuhrman
Hope’s edge, Frances Moore Lappe et Anna Lappe
The ten trusts

Résultat de recherche d'images pour "the ten trusts jane goodall"

La Cité de la joie de Dominique Lapierre (paupérisation des paysans devant migrer vers les villes)
Printemps silencieux de Rachel Carson

 

 

Ressources :

💡 L’Ă©mission Cash Investigation sur la mainmise des grands groupes et la perte de diversitĂ© alimentaire et d’intĂ©rĂȘt nutritionnel et gustatif des OGM :

💡 »Saviez-vous que :
* 30% des Ă©missions de gaz Ă  effets de serre sont dus Ă  l’industrie agro-alimentaire ?
* Qu’en France 54% des terres sont agricoles et seulement 6 Ă  7% de ce pourcentage sont dĂ©diĂ©es Ă  l’agriculture biologique contre quasiment 70% pour les Ă©levages… », etc : le post de l’ADEME

💡 »Agriculture : comment en est-on arrivĂ©s lĂ ? » : l’article d’Ariane (dont je vous invite Ă  (re)dĂ©couvrir les autres articles et ses storys instagram trĂšs instructives 🙂 !)

💡* »DerriĂšre la viande, les Ɠufs et les produits laitiers consommĂ©s en Europe se cache un phĂ©nomĂšne massif de dĂ©forestation qui alimente la crise climatique et la disparition du vivant. Le rapport de Greenpeace « Mordue de viande, l’Europe alimente la crise climatique par son addiction au soja ». « Ce dernier reprend et compile les donnĂ©es existantes concernant la dĂ©forestation et la destruction d’écosystĂšmes en AmĂ©rique du Sud liĂ©es Ă  la culture et aux importations de soja, ainsi qu’à la production de viande et produits laitiers au sein de l’Union europĂ©enne ». En Europe, le soja est la premiĂšre cause de dĂ©forestation importĂ©e.

💡  » 23% des Ă©missions de GES, 13% des Ă©missions de COÂČ et 44% des Ă©missions de mĂ©thane sont imputables Ă  l’exploitation forestiĂšre et Ă  l’agriculture, qui compte pour 70% de la consommation d’eau » – le rapport du GIEC, l’humanitĂ© Ă©puise les terres

💡Jane Goodall, Le Monde, 10 aoĂ»t 2019, « Plus les perspectives sont sombres, plus je suis dĂ©terminĂ©e »

Le prix du livre Ă©tant le mĂȘme partout en France, cet ouvrage ne sera pas plus cher chez votre libraire 😉 et aurait bien sĂ»r sa place parmi cette autre sĂ©lection de livres d’intĂ©rĂȘt public!

 


3 réflexions sur “Le pouvoir des livres pour changer le monde : « Nous sommes ce que nous mangeons » de Jane Goodall, Gary McAvoy et Gail Hudson, extraits choisis

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icÎne pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez Ă  l’aide de votre compte WordPress.com. DĂ©connexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez Ă  l’aide de votre compte Google. DĂ©connexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez Ă  l’aide de votre compte Twitter. DĂ©connexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez Ă  l’aide de votre compte Facebook. DĂ©connexion /  Changer )

Connexion Ă  %s