Ne remplaçons pas un idéal par un autre

Non, je ne suis pas sujette à un surdosage de théine ou une surconsommation de thé Yogi tea ; j’ai juste envie de papoter, échanger – au fait, ça sert pas à ça un blog ?

C’est curieux cette capacité que nous avons à être mal à l’aise dans le présent, soit en regrettant le temps passé ,soit en se projetant dans un avenir qui sera surement meilleur parce-que différent.

Cet inconfort et cette frustration,entrecroisés avec les prescriptions subliminales de la société, nourrissent une certaine peur du vide; que l’on cherche à combler naturellement par la relation avec les autres, l’enrichissement de sa vie professionnelle, la construction d’une vie de famille, et, en parallèle, et par un vice croissant (« ouuh c’est « Maaal » ^^), par la consommation au-delà de nos besoins ; un consumérisme matériel, symbolique ou possessif qui dénature qui nous sommes en bouleversant nos repères, nos aspirations, nos convictions et nos envies naturelles.

J’ai longtemps baigné dans cette conviction que consommer, dépenser de l’argent, acquérir, posséder »parce-que les autres l’avaient »,…apaiseraient mes frustrations, ma peur du vide existentiel, me permettraient d’acquérir un statut estimable parce-que je serai « dans » la société, en en  possédant les symboles matériels de l’air du temps

Mais le seul résultat de cette consommation qui souvent me donnait des nausées, a été de jeter par les fenêtres de l’argent qui était loin d’abonder, de fausser mes envies et mes besoins, et de me détourner de la résolution des causes profondes de cette consommation compulsive
De surcroit, souvent, à peine l’objet du désir irrépréssible acquis, mon esprit était déja tourné vers la possession d’une autre chose, qui, c’est certain, comblerait, elle, ma frustration…
Et ainsi de suite..

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Et encore, je suis loin d’être capricieuse et déraisonnable ; et cet argent dépensé inutilement fut assez tôt le mien.

Je ne pense pas être un cas atypique et unique dans cette société qui auto-entretient cette consommation, qu’elle nous présente comme un besoin vital pour combler notre vide existentiel, nous assurer bonheur et conformisme.

Le problème, c’est qu’adopter un mode de vie « Slow », éthique, ou même vegan, ne sort paradoxalement pas totalement de cette logique..
Longtemps je me suis rassurée en me disant que les grosses commandes chez Aromazone étaient tout à fait justifiées au début, le temps d’acquérir les produits « de base » pour faire cosmétiques, produits ménagers, et recettes maisons
Que les achats récurrents sur des sites Bio, Raw ou vegan, étaient logiques puisqu’on ne trouvait pas ces produits en magasins, or ils sont excellents pour la santé, ce qui justifie de passer des commandes fréquentes, et à rallonge pour amortir les FDP…

Mais quand je m’attarde sur les mécanismes à l’oeuvre au moment d’acheter sur ces sites ou dans les magasins spécialisés, je me rend compte qu’ils sont similaires, à savoir une envie plus ou moins justifiée, transformée en besoin irrépressible, qui vide parfois inutilement le porte-monnaie, et que l’on a envie de compléter à peine les produits acquis

Devenir vegan, « slow » addict ou autre, peut amener à remplacer l’utopie d’une consommation standardisée et conformiste qui comblerait notre vide existentiel ; par celle d’un mode de vie purifié, éthique et refusant la souffrance, dont les investissements et achats seraient donc justifiés,

Mais prenons l’exemple du hauling : loin de moi l’idée de descendre ce mode de partage qui me met des étoiles plein les yeux, que je suis régulièrement, et dont je me sens en phase avec des blogueuses que je trouve drôles, généreuses et bienveillantes (je parle ici des 2-3 que je suis)
Que celui-ci soit standard ou éthique, il crée la même envie naturelle de tester, nous aussi, ce produit qui a l’air génial, d’acheter ce livre complet, d’acheter ces articles de maquillage, cosmétique, ou autre soin
Et le mécanisme n’en est que plus sournois car autant, étant partisan de la consommation « standard » qui produit souffrance, misère, et dépenses inutiles, une part de notre esprit, teintée de culpabilité, savait pertinemment que ce n’était peut-être pas 100% raisonnable d’acheter compulsivement un article qui ne comblerait en rien notre frustration
Or ici, il s’agit d’articles non testés sur les animaux, dont la composition est le plus souvent irréprochable, ne créant aucune souffrance, et gratifiant la production locale et raisonnée
Alors quel est le problème? Le problème est que ces arguments viennent justifier un achat certes éthique et raisonné, mais qui ne fera qu’entretenir l’accumulation au-delà du réel besoin

Evidemment, nous sommes tous libres de ne pas céder à la tentation de l’achat des produits vantés ; mais il me semble que c’est humain de vouloir se faire plaisir, découvrir, ou se mettre du baume au cœur en s’offrant des petits plaisirs au milieu d’un quotidien trop rude..
Certes la frustration n’est pas plus comblée en achetant des produits éthiques, mais entretenir éternellement cette frustration en refusant tout acte d’achat n’est pas plus constructif

Une des choses les plus difficiles à trouver et à suivre, est la mesure, couplée au recentrage sur soi
« De quoi ai-je envie/besoin? », « Ce plaisir comblera-t-il réellement un vide, ou la frustration sera-t-elle la même une fois acheté? »

Il ne s’agit pas de courir faire une thérapie, mais de refuser que la consommation, sous quelque forme qu’elle se dévoile, remplace l’importance cruciale de s’interroger sur la raison de cette frustration et de ce vide, sur ce que l’on souhaite, qui l’on est, ce que tel ou tel agissement pourrait ou non nous apporter ;

Le plaisir n’est pas aboli en restreignant la consommation ; mais en dévoyant sa personnalité dans cette fuite en avant consumériste, standard, ou éthique, qui dicte nos choix, voile nos envies, et brouille notre personnalité en nous dictant des désirs et façons de faire, sans combler aucunement ce vide frustrant et abyssal

Et puis, en devenant massif, l’achat de rime plus avec plaisir ; je pense qu’il faut savoir lui redonner sa place de petit bonheur occasionnel  ; couplé avec une relation sincère avec soi, et généreuses avec les autres

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