Récemment, j’ai eu PLAISIR à lire « Marx et sa baguette » de Itaru Watanabé, aux Editions Decrescenzo

Les ferments naturels anti-capitalistes ; ou Les fondamentaux de la théorie Marxiste …revus et corrigés par un boulanger de campagne !

 

 

Après une jeunesse de vide et d’errance, Itaru Watanabé trouve un sens à sa vie en embrassant une carrière de boulanger.
Encore faut-il donner forme à son travail.

Encore habité d’expériences dans le commerce qui ont heurté son éthique, il se voit conseillée la lecture du Capital de Marx. Un monument idéologique qu’il fait sien pour l’actualiser, s’en inspirer, et le questionner.

En effet, s’il saisit les fragilités de la théorie marxiste, il rejette encore plus les préceptes capitalistes qui s’acharnent à « multiplier « l’argent qui ne pourrit pas* » et ainsi détruire la qualité du travail et de l’alimentation».

*La notion d’argent qui ne pourrit pas a été proposée par Ende; dont les idées ont été étudiées dans Le Testament d’Ende.

C’est donc avec le réconfort du pain au levain et la sérénité japonaise que ce témoignage défend un anti-capitalisme radical et une éthique rigoureuse.

 

Dans ce livre -paru au Japon en 2013– Itaru Watanabé illustre sa conception de « l’économie qui pourrit » par son expérience de boulanger de campagne.

Afin de fabriquer « quelque chose de beaucoup plus grand que le profit« , il développe patiemment, avec sa femme, un projet holistique de boulangerie, dans le respect des Hommes, de la Nature, des savoir-faire et de la Cité.

A rebours de la stabilité sécurisante des inventions de laboratoire, le travail de matières vivantes et naturelles va de pair avec des découvertes quotidiennes et une adaptation constante aux variations des ferments.

Une sensibilité déroutante, néanmoins riche d’enseignements sur l’environnement et la société, pour qui sait les écouter.

«Les mains invisibles des ferments.
Ce sont les ferments qui nous donnent la réponse.
Les plantes ayant mobilisé leur force intérieure pour se développer ont la capacité de fermenter, car elles sont chargées d’une forte vitalité.
Par contre, les plantes ayant été gorgées de fertilisants ont une vitalité diminuée et son incapables de fermenter.
Les ferments naturels discernent la vitalité des plantes.
[Ils ]sont indifférents aux désirs des hommes […]ne pardonnent pas les manières d’agir inconséquentes (fertilisants).
Les hommes ne peuvent tromper les ferments. Ces derniers révèlent précisément l’état de la terre. 

L’importance pour les ferments n’est pas l’étiquette sur l’emballage, mais l’état intérieur des légumes».

 

Un livre qui donne envie d’explorer l’art de la boulange et de la fermentation naturelles

 

Ethique et naturel imposent aux boulangers un rythme différent de la course standardisée à un profit effréné.

« Les ferments [leur] ont ouvert la voie pour comprendre les contradictions du système capitaliste » et considérer chaque acteur de la chaîne nourricière.

De la graine à l’assiette, les ressources humaines et naturelles sont respectées: culture naturelle, transformation artisanale, juste rémunération des producteurs, ferments naturels, respect des artisans et employés, perpétuation des savoir-faire dans l’environnement sain de territoires soutenus par la circulation locale de l’économie.

«Parfois je m’interroge : « Que pensent les ferments de cette société basée sur l’économie qui ne pourrit pas? »»

J’ai été aussi touchée qu’intéressée par ce témoignage où projet professionnel et engagements personnels ne font qu’un, pour remettre du sens et de l’éthique dans le modèle économique.

Au-delà d’une activité de niche atypique, l’épanouissement de cette approche holistique de l’artisanat inspire par son entrain et son respect.

 

Les apprentissages concrets d’Itaru vont renforcer ses convictions personnelles de refus de tout abus humain, ou exploitation de la Nature.
Inspiré par des penseurs, il met son éthique et son coeur au service d’une économie vivante, sans compromis sur une nourriture low cost qui précarise producteurs, travailleurs et consommateurs.

«Toutes les suspicions actuelles sur la qualité de la nourriture proviennent de l’acharnement de notre civilisation à vouloir casser les prix…
Une civilisation qui encourage les fraudes, les pesticides, les fertilisants de synthèse, les plantes hybrides et autres OGM…
»

 

Sensible à cet égard précieux pour le Vivant dans son ensemble, je refermais le livre pour plonger dans des rêves radicaux et réconfortants de petits ferments anticapitalistes…Nourries des illustrations égrainées au long du livre, pour expliquer la préparation du pain au levain de saké !

 

«Il faut être responsable et tout faire pour sauver ce patrimoine (artisanal). Pour être valorisés, nos savoir-faire ont besoin de la complicité de la nature. Il serait donc vain de vouloir transmettre nos techniques sans protéger la terre.
L’un et l’autre sont liés et leurs sauvegardes simultanées sont la garantie d’un authentique développement durable
»

 

Mise en perspective des théories anticapitalistes, réduction du temps de travail, défense des savoir-faire, soutien d’une économie locale à taille humaine ; commerce sans compromis sur des cultures naturelles, le respect des ressources, ou un juste prix de la graine à la baguette;
mais aussi passion pour la fermentation, amour inconditionnel du bien-manger; écosystème des ferments naturels, ou simple chaleur du pain au levain…
Ce livre positif et éclairé est une lecture originale à (s’)offrir à une grande diversité de curieux : car son approche holistique concerne de nombreux sujets d’intérêt.
Fermentation, anticapitalisme, culture japonaise ou alimentation saine et durable : ce livre illustré plaira aux novices comme aux initiés !

La structure des théories économiques, ou la sensibilité de la fermentation, sont rendues aussi accessibles qu’intéressantes par le ton employé.
Un témoignage qui donne encore plus envie de défendre la Terre, l’alimentation, les savoir-faire locaux, l’argent comme moyen d’une écologie humaniste et non comme fin…et de faire son pain au levain !

«Connaissez-vous le ferment naturel de koji?
La culture culinaire du Japon ne serait pas la même sans cette moisissure sous forme de spores.
Le miso,, le shoyu, le saké, le vinaigre de riz sont les fruits de fermentations avec les ferments de koji.
C’est une culture propre au Japon que de transformer les aliments ou de fabriquer de l’alcool en utilisant ces ferments…
»

 

Marx et sa baguette de Itaru Watanabé*, traduit par Tomomi Akimoto aux Editions Decrescenzo

 

L’Art de la fermentation aux Editions La Plage ; Les secrets de la boulange bio * aux Editions Terre Vivante

 

 

*Ceci est un lien affilié : si vous achetez le livre par ce biais car vous ne pouvez pas vous rendre en librairie, je reçois une mini commission quand je fais vivre les livres 📖


2 réflexions sur “Récemment, j’ai eu PLAISIR à lire « Marx et sa baguette » de Itaru Watanabé, aux Editions Decrescenzo

  1. Merci pour cette revue littéraire, qui me donne bien envie de me précipiter chez mon libraire pour lui demander de me commander ce livre… Si je comprends bien, il s’agit d’un témoignage ? Je suis touchée par cette notion « d’argent qui ne pourrit pas » (je n’ai d’ailleurs pas réussi à trouver la référence de l’écrit – Le testament d’Ente- auquel tu fais allusion). Ça me parle beaucoup à moi qui travaille au jour le jour avec des paysan.ne.s, artisan.e.s qui essayent de produire des aliments qui nourrissent et qui respectent le monde (aussi bien la terre que le cycle des saisons, mais aussi ceux qui vont les consommer). Et comme je suis en ce moment prise d’une passion pour les fermentations, et en particulier la lacto-fermentation, ça me touche encore plus !
    Belle fin de semaine à toi.

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    1. Comme ton message me touche et me fait plaisir !
      Oui, c’est un essai qui témoigne du parcours d’Itaru et sa femme, ce qui rend le témoignage encore plus fort ! Il explique en postface le succès du livre et l’évolution de son travail depuis (la bière !!) : certaines personnes viennent de loin pour goûter son travail unique !

      Oui, cette théorie est très intéressante ! Et encore, malgré manque d’esprit de synthèse, je ne l’ai pas développée comme Itaru le fait dans le livre !
      Le théoricien est Ende, dont les idées ont inspiré le journaliste auteur du Testament d’Ende.

      Quel plaisir de lire que c’est aussi ton quotidien de lier éthique professionnelle et respect du vivant dans son ensemble !

      J'aime

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